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Mur = adulte, ou vieux ?

8 septembre 2012

Est sorti sur Slate.fr un article dont je déteste tout : le titre, les explications et la société de trouillards peureux qu’il révèle et va justifier.

Le titre : «L’âge adulte émergent», cette période avant 30 ans où le cerveau n’est pas mature. Version française ici et complète en anglais ici.

Les explications :  le cortex préfrontal serait l’une des dernières régions du cerveau à arriver à « maturité ». Il s’agit de la zone de responsabilité, de capacité à planifier, prioriser et maîtriser ses impulsions. Et Slate.fr de conclure :

Cette découverte remet en question les fondements mêmes des grandes étapes de la vie au sein de notre société: l’âge du départ du foyer familial, du mariage, du premier job… Toutes ces grandes décisions ont longtemps été prises trop tôt, comme l’explique au Wall Street Journal Jay Giedd, neuroscientifique à l’Institut national de la santé mentale :

«Jusqu’à tout récemment, nous avons dû prendre des décisions assez importantes concernant l’éducation et les plans de carrière, qui nous devons épouser et s’il faut aller dans l’armée, à un moment où certaines parties de notre cerveau ne sont pas encore dans un état optimal.»

Et voilà pour Slate.fr, les Tanguy c’est normal, c’est le cerveau qui n’est pas terminé et les petits chéris de 23 à 29 ans qui ont des diplômes mais qui en veulent d’autres, et encore d’autres ou qui ne trouvent pas de jobs, ou plutôt qui ne trouvent pas LE job de leurs rêves, c’est normal, leur cerveau n’est pas terminé. Le cortex frontal , zone de responsabilité, de capacité à planifier, prioriser et maîtriser ses impulsions n’est pas mûr, pas fini… Et voilà pourquoi votre fille est muette disait l’autre.

Pour Slate.fr c’est pareil : les jeunes ne savent pas prendre de décision, c’est la faute à leur cortex frontal. Et voilà pourquoi les jeunes tanguisent dit Slate.fr.

Mon énervement est multiple.

Que les scientifiques qui étudient les phases d’évolution de quelque chose le mesurent de sa naissance à sa mort est normal : un cerveau nait, grandit, évolue et se désagrège. Ok, mais en tirer trop de conséquences sur le comportement psychologique des individus me paraît exagéré.

D’abord, la capacité à planifier, prioriser et maîtriser ses impulsions sont les caractéristiques de l’immobilisme ! c’est-à-dire globalement des caractéristiques de vieux. Je crains que ce développement du cortex frontal ne soit pas mur mais blet…

La maturité pour les 5 fruits et légumes, c’est bien : c’est le bon moment pour les consommer. Mais la vie des être humains n’est pas une produit à consommer à un moment donné. Et dans le cas d’un être humain, c’est quoi la consommation ? Et quel est le bon moment de la vie d’un être humain ?

Quel est le bon moment pour faire quoi ?

Le sous entendu des conséquences de cette « découverte » serait qu’avant 30 ans, on ne peut prendre aucune « bonne » décision. D’abord, il faudrait donc ramener la majorité, la capacité de s’engager à 30 ans. Clairement, 18 ans ou 10 ans, ou 8 ans, voire 25 ans, c’est trop tôt c’est trop tôt. Pourtant ce cher Corneille qui avait alors 31 ans (?!) estimait que la valeur n’attend pas le nombre des années ?

Et puis, c’est quoi une bonne décision ? Par définition, décider c’est essayer d’agir sur l’avenir, c’est parier. Mais on oublie que ne pas décider, c’est la même chose, c’est aussi influencer l’avenir et c’est autant un pari. Comment savoir à quel point bonne sera une décision ?

Décider de ne décider que raisonnablement, c’est d’abord vivre avec la trouille au ventre, c’est envisager (par je ne sais quelle blocage de l’intelligence) que l’avenir est certain ou que s’il n’est pas certain, il est pire. Je signale au passage que ne pas décider aboutit strictement au même résultat : notre avenir dépend tout autant des décisions que nous avons prises que de celles que nous n’avons pas prises.

Mais je constate que c’est malheureusement le cas de notre société : pas de mobilité géographique, pas de mobilité sociale, pas de mobilité professionnelle. En fait il n’y a de mobilité qu’amoureuse : c’est le seul sujet sur lequel nos contemporains admettent le changement.

Le rêve : avoir toujours le même job. S’ennuyer pendant 40 ans, une paille, n’est pas craint. Ne pas changer de ville. Même quand on habite Châteauroux (ou Guéret ou Lens ou Libourne ou Avallon, ou choisissez vous-même.) L’angoisse : perdre son job. Penser que le job suivant pourrait être mieux ? Non.  L’angoisse : quitter son quartier, son pavillon, ses commerçants. Mais les autres sont bien aussi ? oui, oui, ils sont bien pour les autres, pas pour moi.

Et vous aurez noté que rien de cela ne résulte d’une décision : la ville c’est celle de ses parents, le job c’est le premier qui s’est présenté, le logement itou. Et pour arriver à ce résultat, c’est toute une éducation à la trouille : fais attention à (ne pas tomber, ne pas redoubler, ne pas déplaire à ton patron, ton mari, ta femme, etc.) …. es-tu sûr (d’y arriver, que ça va marcher, que ce n’est pas trop risqué, etc.) … oui mais si jamais (ça ne marche pas, tu perds ton job, tu es malade, etc.) … Bref à force d’hésiter, on devient vieux sans avoir rien fait.

Et pour se marier, c’est pareil. Stupidement d’ailleurs : le mariage est une histoire d’amour, donc de sentiments et la décision ne devrait pas être difficile à prendre ! Eh bien si. D’ailleurs la décision de se marier n’est pas prise au fumeux prétexte du nombre des divorces. C’est sûr que si on ne se marie pas, on ne divorce pas ! Comme si les mariages de trentenaires n’aboutissaient pas au divorce, plus que les mariages des jeunes ! Comme si un mariage mûrement réfléchi protégeait du divorce !

Et c’est comme ça qu’à force de courir dernière le bon/la bonne, on finit sa vie seul/e ce qui est le résultat pourtant prévisible d’un refus de prise de décision. Et on est vieux, et triste et seul. On a tout gagné.

Et pourtant

« Il y a bien des manières de ne pas réussir, mais la plus sûre est de ne jamais prendre de risques ».

Benjamin Franklin dixit.

Et si on essayait d’arrêter d’être raisonnables, craintifs, sérieux ? Si on se laissait aller à suivre ses idées, ses élans, ses intuitions, ses envies ? Toutes ne sont pas mauvaises.

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3 commentaires leave one →
  1. 10 septembre 2012 11:14

    Je voudrais réagir à la deuxième partie de votre article: je connais beaucoup de personnes célibataires qui ont entre 25 et 38 ans et qui cherchent quelqu’un. J’ai beau les faire se rencontrer, il ne se passe rien! ça ne va jamais. Trop ceci, pas assez cela… Et bien comme vous le dites, on finit sa vie seul à chercher un idéal qui n’existe pas.
    Pourquoi ne pas oser essayer quelque chose avec quelqu’un qui ne correspond pas à tous les critères? Le seul risque qu’on prend est celui de tomber amoureux…

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    13 septembre 2012 06:45

    @leblogdalexa

    Sans compter que c’est estimer qu’on est soi-même parfait puisque on n’accepte aucun défaut chez autrui !
    Et courir derrière la perfection est le meilleur moyen d’être un emmerdeur monomaniaque !

  3. Michelle permalink
    13 septembre 2012 13:41

    En ayant lu l’article, je découvre qu’il ne tire aucune des conclusions que vous énumérez. Je dois être obtus ou bien vous extrapolez et prêtez à ses auteurs des idées que vous voulez combattre.

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