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Une grand mère est morte

11 novembre 2010

Elle est morte hier après midi.

C’était une femme de qualité, née à une époque et dans un milieu où il n’était même pas envisageable qu’elle fasse d’autres études que le minimum. Elle avait aussi de l’intelligence, du courage et des talents. Elle portait un nom alsacien qui pouvait faire penser aux chasseurs de juifs pendant la deuxième guerre mondiale qu’elle était juive. Ce qu’ils firent d’ailleurs. Elle fut donc embarquée avec son tout jeune fils, stockée dans l’attente d’un train pour l’Allemagne et mise au train avec son fils. Pendant le voyage, le train s’est arrêté et par miracle, elle a réussi à quitter le train avec son fils.

A pieds, avec un enfant en bas âge, sans argent, sans nourriture, elle est parvenue à survivre puis à vivre et à faire vivre son fils.

Ce fils a hérité de sa mère ses grandes qualités : intelligence, courage et talents. Il a fait ses études scientifiques grâce à sa mère. Quand il était en maths sup et en maths spé, cette mère qui n’avait aucun diplôme étudiait le soir les cours de maths et de physique de son fils pour pouvoir corriger ses exercices et l’aider à travailler ! Dire si elle avait des capacités ! Elle aussi aurait pu avoir le doctorat de physique nucléaire que son fils a eu. En d’autres temps elle aurait pu terminer sa carrière comme générale de l’armée de l’air, par exemple. Elle était croyante et a élevé son fils dans sa foi. 

Je l’ai peu connue : elle était la grand’mère de mon associée. Je ne l’ai rencontrée qu’une fois, il y a un peu plus de trois ans au baptème de ma filleule. Elle était déjà atteinte depuis de nombreuses années de la maladie neuro dégénérative qui l’a finalement tuée. Apparemment elle ne reconnaissait plus personne depuis longtemps déjà. 

C’était une grande femme élégante qui ne bougeait que lorsque on la faisait bouger. Au baptème, elle se levait lorsque son fils la faisait lever. Elle s’asseyait de même. Elle marchait par réflexe lorsqu’on l’y poussait, elle restait assise, le regard droit devant lorsqu’on la posait dans un fauteuil. Ses enfants ou ses petits enfants lui parlaient mais n’attendaient plus de réponse depuis longtemps. Elle vivait l’essentiel de son temps dans une maison médicalisée mais tant qu’elle a pu se tenir debout et marcher, ses enfants et ses petits enfants la prenaient avec eux pour qu’elle puisse aller à la messe le dimanche, déjeuner en famille et qu’elle continue à participer à toutes les fêtes de famille.  Ils n’attachaient pas d’importance à son absence de réponse et de réactions. Ils lui ont conservé une vie de famille tant qu’elle n’a pas été grabataire. Ensuite, ses enfants lui rendaient souvent visite, aussi dur que ce soit de la voir en ayant l’impression d’être face à un légume. Ses petites filles la voyaient moins souvent : distance et enfants en bas âge…

Les services médicaux et le personnel soignant se sont occupés d’elle sans jamais envisager une euthanasie en dépit de tout, perte de conscience, d’autonomie totale, d’aucuns diraient, perte de dignité.

Il y a une quinzaine de jours, sa famille a été prévenue de sa mort imminente. Médicalement, compte tenu des années de maladie, elle devait mourir très vite. Mais non. Et puis, non. Et toujours pas. Et mon associée et sa soeur ont fini par avoir l’idée que leur grand’mère voulait les voir une dernière fois. Elles ont décidé de profiter du viaduc à venir du 11 novembre pour faire le déplacement.

Hier après midi, mon associée et sa soeur sont allées ensemble dire au revoir à leur grand mère. Elles lui ont dit au revoir, elles lui ont dit qu’elles l’aimaient, elles lui ont dit qu’elle pouvait partir.

Elles ont quitté l’hôpital et une heure après leur grand mère est morte.

On continue à ne rien savoir sur la vie, la conscience, l’âme. Il y a quinze ans, cette femme a assisté au mariage de sa petite fille sans savoir pourquoi elle était là. Elle avait déjà apparemment perdu la notion du temps, de sa famille, les souvenirs de sa vie. De jour en jour son état cérébral a empiré et son cerveau ne reconnaissait plus rien ni personne. Son coeur, son inconscient, lui faisaient pourtant reconnaître une « sensation » de famille, de paix : elle était plus paisible quand ses enfants étaient avec elle.

N’empêche qu’au moment de quitter ce monde, manifestement elle a voulu revoir tous ses proches une dernière fois. Dieu a fait germer cette idée dans le cerveau de ses petites filles.  Et ça, c’était médicalement imprévisible. Aucun de nous ne sait ce que cette femme a vécu vraiment pendant ces dernières années, au delà des apparences qui pouvaient laisser croire, parce que son apparence donnait l’impression que n’ayant plus d’autonomie ni de réactions, elle n’avait plus de vie.

Manifestement ce n’était pas vrai. Elle avait une vie, des sentiments, elle avait conservé de l’amour, elle avait conservé la conscience de la vie et de la mort, elle savait  qu’elle allait quitter cette terre et ceux qu’elle y avait aimés, elle savait qu’elle voulait vivre encore pour leur dire A Dieu.

A moi, il semble que c’est une dignité plus importante que de devoir être nourrie par intraveineuse, plus importante que d’être lavée par d’autres comme un petit enfant. C’est la dignité de l’être humain dans ce qui fait la vie : aimer et être aimé.

Ce post est un témoignage. D’espoir. De l’utilité de laisser chacun vivre sa vie et ses amours même dans la maladie et la mort. De ne pas s’instaurer juge de la qualité de vie des autres et de décider que telle vie ne vaut pas/plus la peine d’être vécue. De ne pas penser, lorsqu’on est malade, même d’une maladie mortelle, qu’il vaut mieux mourir, ou si la douleur le fait croire pendant un temps, qu’il vient un autre temps de paix et d’amour.

Pour plus d’arguments, vous pouvez aller , et .

Et ceux qui sont convaincus que l’euthanasie revient à priver ses victimes de vie et d’amour, vous devez signer cette pétition.

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10 commentaires leave one →
  1. René de Sévérac permalink
    11 novembre 2010 09:08

    Votre texte m’a tiré des larmes.
    « Elles ont quitté l’hôpital et une heure après leur grand mère est morte. »
    Cela m’a rappelé la fin de ma mère à l’Hotel-Dieu Toulouse.
    Moi, le mauvais fils, suis allé la voir parce que je la savais en phase terminale d’un cancer généralisé.
    Elle est morte peu après « en faisant vite, en se cachant … » comme le dit si justement Brassens.

  2. 11 novembre 2010 09:26

    Effectivement, une grande dame, qui s’est bien battue dans l’existence.

    Pour certains, ça n’aurait fait que justifier une fin plus rapide : « elle qui… elle n’aurait jamais voulu… ».

    Dans La mort intime, Marie de Hennezel raconte nombre de situations du même genre, dans lesquelles les personnes en fin de vie ont encore un message à faire passer, une chose à faire, un au revoir enfoui à exprimer. Plusieurs fois, il a fallu trouvé pour quelle raison la personne ne s' »autorisait » pas à partir.

    Merci pour ce témoignage-hommage.

  3. Fred permalink
    11 novembre 2010 12:54

    Bjr, ce n’est pas parce qu’il aurait été en effet regrettable d’ euthanasie cette grand mère que l’euthanasie ne se justifie dans aucune occasion. Certaines personnes, comme mon grand père de 92 ans, ne vivent plus rien d’autre qu’une infinie souffrance, emprisonnés dans un corps totalement paralysé et en ayant perdu toute conscience. Dans ce cas précis en tout cas, les vrais criminels sont les responsables du centre de gériatrie qui refusent de l’euthanasier. Il suffit de passer 1h auprès de lui pour en être convaincu

  4. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    11 novembre 2010 20:43

    Bonsoir @Fred,

    Je peux comprendre que vous ayiez du mal à accepter les souffrances de votre grand père. Que vous souffriez avec lui. Je ne suis en revanche pas d’accord avec vous sur le fait que les responsables dont vous parlez seraient des criminels de ne pas tuer votre grand père. D’ailleurs vous-même sentez bien l’exagération de votre pensée puisque vous non plus n’abrégez pas plus qu’eux la vie de votre grand père ….

    Et en tout état de cause, j’ai livré ce témoignage justement parce que cette grand mère n’avait plus aucune communication apparente avec quiconque depuis des années. Et son cerveau malade et son esprit brouillé (de notre point de vue de vivants avec toute notre tête) a voulu s’entêter à vivre jusqu’à ce que ses petites filles viennent une dernière fois la voir. Nous ignorons ce qui se passe dans la tête de ces malades tout comme nous ignorons ce qui se passe aussi dans la tête des bébés : eux non plus ne communiquent pas avec nous.

    Ce que vous pouvez faire de mieux pour votre grand père : aller le voir, l’aimer encore comme vous l’aimiez quand il était vaillant, être avec lui dans cette épreuve et peut-être, certainement, l’alléger ainsi.

    Je vous souhaite bon courage et à lui aussi.

  5. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    11 novembre 2010 20:47

    @René

    Bonsoir. Vos larmes m’ont fait pleurer aussi. Sur votre tristesse.

    Pour mauvais fils que vous vous jugiez, probablement votre mère portait-elle sur vous un oeil plus tendre. Portez sur vous le regard de Dieu : un fils aimé.

    Aimez-vous comme elle vous a aimé : avec vos défauts et vos qualités.

  6. guyot permalink
    25 mars 2011 01:41

    voila j ai perdu ma grand mere il y a main tenent 5ans depuis elle et toujour vers moi et ne veus pas sereposer en pais quant elle parti j etais perdu je ne voiais plus personne et je ne dormais plus car elle me regardai je ne sortais plus et me regardais meme plus dans une glace de peure de lui ressembler et je m endormais avec la lumiere allumer meme encore maintenent je fais encore des comchemare et je me reveille avec de la fievre je la vois dans mon reve defois sa me predit peu etre quelque choseet desfois sa me fait peur dite moi que veu dire pour son ame ne peus pas se reposer et vienne ver moi je n arrive pas a comprendre sa

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