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Les violences faites aux femmes et les violences faites aux juifs

4 avril 2010

Tous ceux qui me lisent savent que je suis une femme, et féministe en plus. J’ai de la chance : je suis née en France, dans la deuxième moitié du 20ème siècle, ma mère exerçait une profession d’ « homme » et mon père était favorable à l’égalité homme/femme. Quand j’étais petite, ça donnait même des trucs assez rigolos : j’ai dû me battre pour garder des cheveux longs et mes parents n’ont jamais compris que j’aimais porter des jupes. Mon frère et moi avions des cadeaux non sexués, genre encyclopédies et quand les cadeaux étaient sexués, nous en avions tous les deux : la poupée de mon frère s’appelait Aline et j’ai eu une Lotus pour jouer sur le circuit électrique, j’ai construit autant de maquettes de sous marins ou de porte avions (Clémenceau) que mon frère. Mon avion préféré était un Mirage III….

J’ai un job d’ « homme ». Exercé presque moitié moitié aujourd’hui par des hommes et des femmes même si les hommes y gagnent en moyenne 79 % de plus que les femmes !

J’en profite d’ailleurs pour râler sur la mysogynie de la presse : 56 % de journalistes homme mais 84 % de directeurs de presse anciens journalistes. Donc, les chiffres sur les différences de salaires hommes/femmes qui sont présentés par les hommes, dans des journaux dirigés par des hommes sont présentés comme les femmes gagnent tant de moins alors que si ils étaient présentés sous la forme les hommes gagnent tant de plus, ils seraient encore plus choquants, donc avec un peu de chance, plus incitatifs pour changer les choses.

Car quand la presse rapporte que les femmes sont en moyenne payées 27 % de moins que les hommes, cela signifie surtout que les hommes sont payés 37 % de plus que les femmes ! Ce n’est bien évidemment pas la seule violence faite aux femmes.

Et ma chance ne me dispense pas de dénoncer les violences de toutes sortes subies par les femmes qui n’ont pas eu ma chance.

« … il y a une violence encore plus grave et répandue que celle des jeunes dans les stades et les rues. Je ne parle pas ici de la violence sur des enfants, dont se sont rendus coupables, malheureusement, même des membres du clergé ; de celle-ci, on parle suffisamment ailleurs. Je veux parler de la violence sur les femmes. Elle m’offre l’occasion de faire comprendre aux personnes et aux institutions qui luttent contre cette violence que le Christ est leur meilleur allié.

Il s’agit d’une violence d’autant plus grave qu’elle s’exerce à l’abri des enceintes domestiques, à l’insu de tous, quand elle n’est pas carrément justifiée par des préjugés pseudo religieux et culturels. Les victimes se retrouvent désespérément seules et sans défense. Ce n’est qu’aujourd’hui, grâce au soutien et à l’encouragement de nombreuses associations et institutions, que certaines trouvent la force de sortir à visage découvert et de dénoncer les coupables.

Cette violence est principalement sexuelle. C’est l’homme qui croit prouver sa virilité en s’acharnant contre la femme, sans se rendre compte qu’il ne prouve là que son manque d’assurance et sa lâcheté. Même envers la femme qui a mal agi, quel contraste entre l’attitude du Christ et celle que l’on voit encore dans certains milieux ! Le fanatisme invoque la lapidation ; le Christ, aux hommes qui lui ont présenté une femme adultère, répond : « Que celui d’entre vous qui est sans péché, lui jette le premier une pierre » (Jn 8, 7). L’adultère est un péché qui se commet toujours à deux, mais pour lequel un seul a toujours été (et, dans certaines parties du monde, l’est encore) puni.

La violence contre la femme n’est jamais aussi odieuse que lorsqu’elle s’installe là où devraient régner le respect réciproque et l’amour : dans la relation entre mari et femme. La violence, il est vrai, n’est pas toujours et toute d’un seul côté, elle peut être également verbale et pas seulement avec les mains, mais personne ne peut nier que, dans la grande majorité des cas, la victime est la femme.

Il existe des familles où l’homme s’estime encore autorisé à hausser le ton et lever la main sur la maîtresse de maison. Femmes et enfants vivent parfois sous la menace de la « colère de papa ». A ceux-là, nous devrions dire aimablement : « Chers collègues hommes, en nous créant de sexe masculin, il n’était pas dans l’intention de Dieu de nous donner le droit de nous mettre en colère et de taper du poing sur la table pour des broutilles. La parole adressée à Eve après la faute : “Lui (l’homme) dominera sur toi“ (Jn 3, 16), était une amère prédiction, pas une autorisation. »

Cette dénonciation des violences conjugales et familiales est un extrait du prêche du père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, au cours de la célébration de la Passion présidée par le pape Benoît XVI ceVendredi saint 2010 à Saint-Pierre de Rome.

Je pense que toutes, nous pouvons applaudir à deux mains.

Bien évidemment, ce texte n’a trouvé nul écho dans la presse. Mais le 9 mars est passé et il n’y a donc plus lieu de s’occuper des femmes. La presse s’est en revanche attachée à la suite du prêche :

« Jean-Paul II a inauguré la pratique des demandes de pardon pour des torts collectifs. L’une d’elles, parmi les plus justes et nécessaires, est le pardon qu’une moitié de l’humanité doit demander à l’autre  : les hommes aux femmes. Cette demande de pardon ne doit pas rester générale et abstraite. Elle doit conduire, notamment ceux qui se disent chrétiens, à des gestes concrets de conversion, à des paroles d’excuse et de réconciliation au sein des familles et de la société.

Le passage de l’épître aux Hébreux que nous avons entendu se poursuit ainsi : « C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort. » Jésus a connu dans toute sa cruauté la situation des victimes, les cris étouffés et les larmes silencieuses. Vraiment, « nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses ». En chaque victime de la violence le Christ revit mystérieusement son expérience terrestre. De même, à propos de chacune d’entre elles, il affirme : « C’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

Par une rare coïncidence, cette année-ci notre Pâque tombe la même semaine que la Pâque juive, qui en est l’ancêtre et la matrice au sein de laquelle elle s’est formée. Cela nous incite à avoir une pensée pour nos frères juifs. Ils savent par expérience ce que signifie être victimes de la violence collective et, pour cela aussi, ils sont disposés à en reconnaître les symptômes récurrents. J’ai reçu ces jours-ci la lettre d’un ami juif et, avec son autorisation, je partage avec vous un passage. Voici ce qu’il disait :

« Je suis avec dégoût les attaques violentes et concentriques ce l’Eglise, le Pape et tous les fidèles provenant du monde entier. L’utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et faute personnelle à celle collective me rappellent les aspects les plus honteux de l’antisémitisme. C’est pourquoi, je désire vous exprimer à vous personnellement, au Pape et à toute l’Eglise, ma solidarité de juif du dialogue et de tous ceux qui dans le monde juif (et ils sont nombreux) partagent ces sentiments de fraternité. Notre Pâque et la vôtre ont des éléments différents indéniables mais elles vivent toutes deux dans l’espérance messianique qui nous réunira sûrement dans l’amour du Père commun. Je vous souhaite donc, à vous, et à tous les catholiques, une Bonne Pâque. »

Nous aussi, catholiques, souhaitons une Bonne Pâque à nos frères juifs. Nous le faisons avec les paroles de leur ancien maître Gamaliel qui, du Seder (repas) pascal juif, sont passées dans la plus ancienne liturgie chrétienne :

« C’est lui qui nous a fait passer
de l’esclavage à la liberté,
de la tristesse à la joie,
du combat à la fête,
des ténèbres à la lumière,
de la servitude à la rédemption.
Pour que nous disions devant lui : Alleluia »

 Ce passage sur les juifs, lui, a été relevé par nos journalistes, toujours prompts à s’enflammer pour défendre les opprimés et à attaquer les oppresseurs iniques :

  • l’Express titre Le pape muet sur sur les cas d’abus lors de sa bénédiction pascale et conclut sur le scandale de ce prêche qui osait comparer les attaques actuelles contre l’Eglise à la violence collective contre les juifs. Alors, je vais faire comme l’Express, tirer des conclusions de ce qui n’a pas été relevé :  les journalistes de l’Express trouvent normal les violences contre les femmes. Normal, ce sont des hommes !
  • l’AFP titre quant à elle sur ce qui est important : Sermon du Vendredi Saint, le prédicateur du Vatican présente ses excuses. Là encore la seule chose importante du sermon est le parallèle entre les accusations collectives portées contre le pape et l’antisémitisme. Alors, je vais faire comme l’AFP, ne m’attacher qu’aux grands nombres et relever que les hommes de l’AFP ne sont nullement intéressés par dénoncer les violences faites aux femmes !   

Qui d’entre vous a su que le père Cantalamessa, dans ce sermon controversé,  avait surtout relevé les violences des hommes sur les  femmes. Il faut dire que relever une telle dénonciation comme émanant d’une religion prétendument aussi misogyne que la religion catholique n’est certainement pas médiatique.

Probablement le père Cantalamessa n’aurait-il pas dû lire la lettre qu’il a reçue de son ami juif mais cette erreur d’appréciation justifiait-elle qu’on les médias oubliât l’actualité d’un tel sermon ?

Ou les violences faites aux femmes seraient-elles moins importantes que les violences faites aux juifs ?

JE pense que toute violence est intolérable et qu’il n’y a pas de violence plus supportable que d’autre ou de victimes plus dignes que d’autres de compassion.

 

 

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10 commentaires leave one →
  1. 5 avril 2010 16:48

    Evidemment que les violences contre les femmes sont insupportables! Mais n’est-ce pas faire preuve d’un peu de mauvaise foi que d’accuser l’Express (et les autres medias) de ne pas parler de ce passage du prédicateur?
    N’est-ce pas normal d’être choqué par une phrase aussi choquante que « L’utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et faute personnelle à celle collective me rappellent les aspects les plus honteux de l’antisémitisme » ?
    Pourriez-vous m’expliquer en quoi les juifs ont été coupables de quoi que ce soit, comparativement aux prêtres pédophiles? Et en quoi nous ne devrions pas être choqués par cette phrase?

    Arrêtons de jouer sur les mots, de faire l’autruche et de ne pas vouloir voir ce qui se passe. Le problème de la pédophilie est terriblement d’actualité, et autrement plus concret, au sein de l’Eglise, que les problèmes d’inégalités homme-femme, qui, eux, touchent le monde entier.

    Trouveriez-vous plus décent que les medias ne s’attardent pas sur la pédophilie?

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    5 avril 2010 17:31

    Bien sur que j’ai fait montre de mauvaise foi. Comme l’Express, comme l’AFP.

    J’ai déjà écrit que la pédophilie est un crime, encore plus grave quand il est commis par des adultes en qui les jeunes ont confiance ou pour qui ils sont portés à avoir du respect. Et je commence à trouver insupportable de devoir commencer toutes mes phrases de chrétiennes par : la pédophilie est un crime ignoble mais je suis chétienne quand même.

    La pédophilie est un crime ignoble qui ne rend pas moins criminels les 2 maris, amants, compagnons qui tuent leurs femmes chaque semaine en France.

    Transformer B16 en bouc émissaire de tous les prêtres pédophiles est de mauvaise foi aussi : si on en parle aujourd’hui, c’est parce que le cardinal Ratzinger a commencé à les dénoncer. C’est lui qui a décidé de lever le voile. Mais ça, la presse bien pensante n’en a rien à cirer. Et tous ceux qui la gobent, non plus.

    Et non, la pédophilie n’est ni plus concrête ni plus d’actualité que les deux françaises tuées toutes les semaines par leur mari, compagnon, amant. Ces actes sont tous des crimes. Et je ne m’amuserai même pas à prétendre qu’il y a plus de femmes tuées par leurs maris, compagnants, amants que d’enfants violés. L’un n’excuse pas l’autre et ça marche dans les deux sens.

    Je ne trouve pas indécent que la presse dénonce la pédophilie (aujourd’hui après l’avoir intellectualisée il y a quelques années !) mais en rende B16 responsable.

    Je trouve indécent que la presse n’entende dans les messages de l’Eglise et de B16 que ce qui lui permet de taper dessus !

    Je trouve indécent que les femmes ne préoccupent la presse que pour les fringues à acheter, les régimes à suivre pour l’été qui vient et le 9 mars. J’oubliais aussi, désolée, le fait que les femmes ne soient pas prêtres !

    Je trouve indécent que dès qu’un catho parle d’un juif, c’est forcément pour une attaque ignoble.

    Je trouve indécent qu’on ne puisse même pas en parler posément sans devoir commencer par dire : la pédophilie est un crime.

    Les cathos ne sont pas saints mais ce ne sont pas plus des ordures que les non cathos !

  3. 6 avril 2010 12:09

    Sauf votre respect (;-)

    je comprends bien ce que vous ressentez, et je crois d’ailleurs que beaucoup de cathos font la part des choses: on peut être catho et ne pas se sentir visé par les attaques Globales de pédophilie, on peut être catho et considérer ces attaques, quand elles sont dirigées contre les coupables, normales.
    j’ai bien compris que vous faisiez, sciemment, de la provoc pour faire entendre votre révolte… mais je crois que discuter et ouvrir le dialogue avec de la mauvaise foi, c’est difficile.

    Est-ce que, lorsque les medias accusent un serial-killer de meurtre, on leur reproche de ne pas avoir assez développé leur article sur les qualités et compétences remarquables du tueur, en botanique, en langues étrangères ou aux échecs?
    On s’en fout, parce que ce qui importe, là, sur le moment, c’est son crime, et pas de savoir qu’il était plutôt bon en athlétisme au collège et qu’il écrivait de jolis poèmes.

    Et puis mélanger les femmes (ce qui me parait un peu hors-sujet avec les affaires EN COURS ), les juifs, et les pédophiles…. moi, ça me donne un peu le tournis….

  4. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    6 avril 2010 21:28

    Vous avez raison : je ne reproche pas aux médias de ne pas assez détailler les mérites d’un serial killer, je leur reproche de considérer que son père ou son supérieur hiérarchique doit démissionner car il est forcément coupable.

    Ce que je leur reproche, c’est d’étendre la responsabilité individuelle à d’autres que les auteurs des crimes.

    Ce que je leur reproche, c’est de ne considérer l’Eglise que par la pédophilie de certains de ses membres, que par ce qui permet de l’attaquer et non pas parce qui permettrait de faire connaître ses messages. Savez-vous que le pape a prononcé un important discours sur l’écologie humaine pour tous ?

    Sans moi, auriez-vous su qu’il reprochait aux hommes leurs violences ?

    Mais comme tout le monde, vous avez entendu dire que l’Eglise est contre le préservatif – ce qui n’est d’ailleurs même pas son message.

    Le pire est que les autres religions (juifs, musulmans et autres religions chrétiennes) sont contre également, sont pour le respect de la vie, de la conception à la mort naturelle. Mais les médias n’en parlent qu’à propos des cathos réactionnaires, ringards, mysogines et totalement déconnectés de réalités d’aujourd’hui.

    Alors, oui, cela m’énerve. Mais c’est seulement parce que je ne suis pas sainte. Le serais-je que je prierai plus et m’énerverais moins. 🙂

  5. Mike permalink
    12 avril 2010 15:16

    Merci de nous avoir permis de prendre connaissance de ce beau texte. On comprend mieux pourquoi ce prêtre est le prédicateur du pape.

  6. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    13 avril 2010 01:11

    @Mike

    Merci.

    Notez que c’est l’intérêt essentiel d’internet : quand on cherche, on trouve. Le tout, c’est de quitter les premières pages des moteurs de recherche !

  7. Arnica permalink
    24 mars 2011 18:31

    Je suis entièrement d’accord avec ton analyse !!!
    « Ou les violences faites aux femmes seraient-elles moins importantes que les violences faites aux juifs ? JE pense que toute violence est intolérable et qu’il n’y a pas de violence plus supportable que d’autre ou de victimes plus dignes que d’autres de compassion. » Perfect.
    Merci !

  8. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    23 avril 2011 09:34

    @Arnica

    Merci.

    Grâce à vous, je viens de relire ce papier et mon énervement d’il y a un an revient.

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