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Le jeu de la mort

28 mars 2010

Les deux dernières semaines ont été difficiles pour moi : moment désagréable dans la vie professionnelle. De temps en temps, il y en a et il faut les affronter. Journées tendues, soirées même pas de repos et à peine de quasi décompression. L’énervement des journées restant en moi, il n’était même pas question que j’écrive le soir : j’aurais été odieuse quel que soit le sujet. Mais bon, après deux semaines d’énervement à grand mal dominé, je m’y suis ré-habituée et j’écris pour penser à autre chose.

Pendant ces deux semaines, l’actualité (lue à toute vitesse sur internet) s’est concentrée sur deux sujets : les élections régionales et leurs suites (machine élue, machin élu, truc élu mais en même temps c’était prévisible et donc peu intéressant) et la pédophilie dans l’église catholique.

Je ne parlerai ni de l’un parce que bof, ni de l’autre parce que beurk la mauvaise foi des anti catho et des anti pape. Des tas d’autres ont tenté de remettre les faits à leur place. Inutilement probablement, ça aussi c’était prévisible.

En revanche, il est un sujet qui a très peu intéressé : le Jeu de la mort, l’émission/documentaire diffusée sur France 2 le 17 mars dernier.  Il s’agit d’une nouvelle version des travaux du psychologue social Stanley Milgram de 1963 sur les mécanismes de l’obéissance d’un individu face à une autorité. Yves Montand dans I comme Icare a assisté à l’expérience. Un peu trichée dans le film car l’électrocuté était face à l’électrocuteur. 

Ce documentaire de France 2 en imagine un nouvel avatar : il met en scène un vrai-faux jeu télévisé, baptisé Zone Xtrême, au cours duquel des candidats doivent infliger des décharges électriques à d’autres concurrents. Les concurrents sont en équipe de deux, théoriquement et chaque équipe se partage le prix de 100.000 € annoncé. L’un des deux concurrents est relié à des électrodes et l’autre doit lui infliger des décharges de plus en plus fortes, les dernières pouvant donner la mort. Le gros lot est au bout. Le tout devant un public qui ignore que les décharges sont fausses mais qui encourage quand même les électrocuteurs à poursuivre.

Comme dans l’expérience mise au point par Milgram, les décharges sont fausses (heureusement) mais celui qui les inflige ne le sait pas et le « concurrent » qui les reçoit est un comédien. Chez Milgram, celui qui encourage est un scientifique qui donne au moins cette « caution » de la recherche, pour France 2 une animatrice TV. Il n’empêche, le commentaire diffusé a montré que 80 % des candidats électrocuteurs obéissent aux injonctions de l’animatrice et « tuent » leur co-concurrent. Dans les années 60, « seuls » 62,5 % des sujets ont obéi. Pas terrible, n’est-ce pas ? 

Dans le documentaire, il y avait deux versions du jeu, l’un dans laquelle l’animatrice ne faisait que la potiche et dans l’autre, elle faisait pression sur l’électrocuteur pour qu’il aille toujours plus loin en utilisant même le summum de l’argument pervers : l’argent est pour vous deux, d’accord là il souffre et il vous demande d’arrêter, mais quand le jeu sera fini et qu’il ne souffrera plus, il vous en voudra d’avoir arrêté sous le coup de l’émotion. Dans la version potiche, les résultats ont été meilleurs. Quant au public,  il encourageait les électrocuteurs.

Un an après le tournage, les candidats électrocuteurs sont toujours perturbés et suivis psychologiquement.

Personne n’a déposé plainte pour tentative de coups et blessures volontaires ni pour tentative de meurtre. Aucun parquet ne s’est saisi de l’affaire alors que c’est pourtant exactement cela : s’il n’y a eu ni blessures ni morts, ce n’est pas grâce aux électrocuteurs mais à une chose qu’ils ignoraient : les décharges étaient factices. Paul Quilès et Marie-Noëlle Linneman viennent toutefois de le faire. Mais seulement contre France 2 pour incitation à la violence. Pourquoi pas contre ceux qui ont électrocuté ?

A moins que ce ne soit par une vision socialiste de la responsabilité : seules les institutions seraient responsables, pas les individus ?

Ben voyons. Ce n’est pas avec ce genre de raisonnement que l’humanité fera des progrès.

Que peut-on dire de cette expérience ?

  • d’abord que l’homme est un animal de meute et que le pouvoir du chef de meute et de la meute est très lourd sur nos actes
  • que les 20 % restant (ceux qui ont « désobéi » et ont refusé d’assener une décharge dangereuse) sont des chefs de meute potentiels qui n’étaient pas dans la bonne meute
  • que la TV est une autorité considérée comme légitime
  • que confronté à la  faim, l’homme se transforme en fauve capable de bousculer les faibles devant le camion d’une ONG qui apporte de la nourriture après une catastrophe
  • confronté à la crise, à une situation de trouble, l’homme s’en remet le plus souvent à un chef tyrannique, chef de meute, genre Hitler ou Mussolini après la crise de 1929.

Bref, l’homme n’est pas un animal dont nous puissions être fiers. Le peu de civilisation, d’harmonie sociale que nous pouvons avoir mis en place est massacré au premier petit prétexte à la con !

Marie Muzard ajoute qu’en plus l’homme n’aime pas se regarder en face : le peu de succès en part d’audience de cette émission pourtant annoncée à grand renfort de publicité le montre.

J’ajoute quant à moi que le peu de réactions, d’où qu’elles puissent venir, médias, blogs (Nous les primates, déjà cité ci-dessus et Blogue qui peut), philosophes, etc. confirme cette volonté d’aveuglement et cette incapacité, pour la très grande majorité d’entre nous, de juger le bien et le mal, de manière autonome et non pas sociale.   

 

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