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Travailler plus pour gagner plus ?

27 mars 2010

Mon associée et moi avons créé une entreprise de services, il y a aujourd’hui 2 ans et demi. Petite, nous ne sommes que 7, mais entreprise tout de même.

C’est-à-dire que nous (mon associée et moi) avons décidé de prendre un certain (grand) nombre de responsabilités à l’égard de beaucoup de personnes :

  • rembourser le banquier qui nous a fait confiance et nous a prêté (sur 8 ans) ce qui nous a permis de passer de 3 à 7 (achat d’une autre entreprise – ce n’est pas réservé aux grands groupes ;))
  • payer le loyer des locaux au propriétaire qui a besoin de toucher son loyer pour vivre
  • payer tous les mois celles et ceux qui nous font confiance pour continuer à leur trouver du travail pour leur permettre de gagner leur vie, idéalement jusqu’à leur retraite
  • payer toutes les cotisations sociales diverses qui existent en France dès que l’on bouge un doigt et que ce mouvement rapporte : SS, retraites de base, complémentaire, 13ème mois, participation, chômage, apprentissage, tickets restaurants, percepteur de TVA, j’en oublie car c’est mon associée qui s’occupe des dépenses, moi je me charge des rentrées ….
  • faire les comptes pour permettre à tous ces préleveurs de savoir combien ils peuvent/doivent prélever sur notre travail pour le donner à d’autres et en plus les impôts pour entretenir les routes, la police, la justice, l’école, l’armée, les hommes politiques, l’Europe, la Grèce, les associations, les subventions, j’en oublie forcément
  • choisir les bonnes personnes pour que les missions qui nous sont confiées par les clients soient effectuées aussi bien qu’ils l’attendent
  • obtenir de ces bonnes personnes qu’elles travaillent, non en faisant de la présence, mais de sorte qu’elle assurent les rentrées nécessaires à tous les paiements ci-dessus
  • trouver les clients qui vont nous confier du travail, faire payer les clients, garder les clients, trouver les clients qui vont nous confier du travail, faire payer les clients, garder les clients, trouver les clients qui vont nous confier du travail, bref, vous avez compris le gimmick.

Nous (mon associée et moi) nous sommes lancées dans cette histoire entreprise parce que nous voulions GAGNER DE L’ARGENT ! Hou les vilaines ! Nous voulons gagner de l’argent pour pouvoir vivre. Quitte à faire, bien d’ailleurs. Et surtout nous préparer notre retraite parce que nous ne voyons pas bien comment faire confiance en la poursuite du système actuel.

Mes lecteurs ont déjà compris que je n’étais pas douée pour l’hypocrisie, alors soyons clairs je veux gagner de l’argent et si possible beaucoup d’argent, et si possible longtemps.

Je ne suis certainement pas la seule à penser, agir dans cet objectif.

Dans l’entreprise, en réalité, les choses sont simples : il faut que l’argent qui y entre soit supérieur à celui qui en sort. La différence, c’est le bénéfice et après impôt, ce bénéfice va droit dans la poche de ceux qui ont mis de l’argent dans l’entreprise (créateurs et/ou actionnaires), ou ceux qui prennent les risques. Dans les petites entreprises, le créateur est aussi le chef d’entreprise. Dans les grandes, le créateur est mort depuis longtemps, ce sont les actionnaires qui tiennent son rôle et le chef d’entreprise n’est pas les actionnaires. Les actionnaires le choisissent et le contrôlent.

Alors maintenant, point de vue de femme cheffe d’entreprise : mon boulot essentiel est de me démerder débrouiller pour que l’argent rentre, beaucoup et longtemps. Donc :

  • pratiquer un juste prix pour que les clients qui sont venus une fois reviennent
  • dans le service, les machines à produire sont les hommes (comme dans la Bible, hommes et femmes), donc il faut entretenir les machines producteurs : bonne ambiance, travail le plus confortable possible, le plus agréable possible en évitant le plus possible le mauvais stress
  • compenser le mauvais stress résiduel (celui qui est inévitable parce qu’il résulte de la vie et de la nature du travail)
  • comme les machines sont des hommes, les machines réfléchissent et consciemment ou pas, avec le temps, arrivent vite à la conclusion qu’entre un bon travail et un travail modérément mauvais, si la différence de salaire n’est pas significative, le travail modérément mauvais (téléphone aux copains, internet pour un usage privé, faire lentement ce qu’on peut faire plus vite, arrêts maladie des vendredis et lundis matins, etc.) devient habituel. Donc, pour que l’entreprise gagne beaucoup d’argent, longtemps, il faut encourager les machines à travailler mieux et plus. Je ne connais pas d’autre solution que de fournir aux machines un intéressement suffisant pour qu’il soit incitatif, au jour le jour ou plutôt au mois le mois. Bref, se partager (dans une proportion pas forcément égalitaire) les bénéfices.
  • quitte à faire, prier voter pour que les prélèvements déjà existant ne fasse pas des petits, ni trop vite ni trop gourmands.

Mon entreprise est modeste et notre bénéfice ne se compte pas en millions, loin de là, malheureusement. Toutefois pour l’augmenter, je ne vois pas d’autre solution que d’encourager toute mon équipe à travailler plus et mieux et d’ailleurs, augmenter l’équipe aussitôt que possible. 

Tout ça pour dire que l’un dans l’autre, c’est ce qu’a fait Zacharias, c’est la même chose. Dans des proportions disproportionnées par rapport à ma petit entreprise : quand il est arrivé, la boite valait 40 millions d’Euros, Vinci en vaut aujourd’hui 40 milliards. Il en a multiplié la valeur par 1000 ! Mais son salaire n’a pas été multiplié par 1000.  D’ailleurs son salaire dépendait en totalité des résultats de l’entreprise, c’est-à-dire qu’il a pris de risque de gagner 0 si l’entreprise ne faisait pas de bénéfices.

Boudiou, si je pouvais faire la même chose !!!! Enfin, le risque de 0, je l’ai déjà.

Sauf que lui, il a pris en main une entreprise déjà énorme et l’a transformée en colosse. Au profit de tout le monde : la société (qui ne s’est pas portée partie civile alors que c’est pourtant ce que font les sociétés vraiement vicitmes d’ABS),  les salariés (dont aucun syndicat ni représentant du personnel n’a déposé plainte ni ne s’est constitué partie civile), les actionnaires (dont seuls deux d’entre eux ont déposé plainte, aucune association de petits porteurs ne s’est constituée partie civile d’ailleurs), l’Etat qui percevait au titre des impôts d’autant plus que les bénéfices étaient importants, et Antoine Zacharias bien sûr.

Quoi qu’il en soit deux actionnaires (parmi les milliers qui constituent le capital de VINCI) ont déposé plainte pour abus de biens sociaux contre lui. Il a comparu cette semaine devant le tribunal correctionnel qui l’a relaxé : le tribunal n’a trouvé dans le dossier aucun élément d’abus de biens sociaux, aucune illégalité. Il a aussi décidé qu’il n’était pas juge de la gouvernance des entreprises.

Certes la rémunération d’Antoine Zacharias était trèèèèèès importante, mais guère dispropotionnée à la taille et à la rentabilité de l’entreprise. Et surtout VINCI, premier groupe mondial de construction concessions,  a une véritable production de biens et services : ce n’est pas une entreprise qui se contente de s’enrichir avec l’argent ou l’absence d’argent des autres, ce n’est pas de la spéculation sur des produits financiers, ce n’est pas de la spéculation sur les matières premières. Bref elle produit de vraies richesses et non pas seulement des richesses comptables.  

 Alors j’aimerais en faire autant.

J’espère qu’Antoine Zacharias utilise son argent, aussi pour aider autrui.

 

 Edit 1 : Vinci est une entreprise d’hommes : 13 membres du comité exécutif, 13 males et 28 membres du comité d’orientation et de coordination, 28 males. De ce point de vue là, au moins, l’entreprise et sa gouvernance sont criticables. Punaiase, même pas une seule femme alibi ! Mais bon.

Edit 2 : le parquet a fait appel de cette décision.

 

 

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6 commentaires leave one →
  1. Zokori permalink
    28 mars 2010 01:56

    L’histoire de Zacharias et de Vinci n’a pas grand chose à voir avec une création ou développement d’entreprise.

    Zacharias n’est pas un créateur d’entreprise, encore moins d’emploi. Il a acheté des entreprises existantes, créant une synergie au sein d’un groupe.

    Le poids du groupe n’a augmenté que par de « belles » acquisitions comme les concessions autoroutières, qui financent maintenant les entreprises de BTP du groupe en commandant des travaux à prix prohibitifs, parfois même avec vos impôts, ne laissant plus aucune chance aux autres entreprises du secteur. Et encore moins à l’essor de nouvelles entreprises.

    Dans ces conditions, logique que l’action fasse des bonds vers le haut.
    Mais aucune richesse de créée, malheureusement.
    Aucune nouvelle production.
    Aucun esprit d’entreprise en vérité.
    Juste du boursicotage, achat et vente d’entreprises, avec pour 1° actionnaire le fond d’investissement Qatari Diar (Emirat du Qatar).

    Vraiment pas grand chose, c’est certain, avec l’entreprise que vous portez (félicitations au passage) et créatrice d’emplois et d’activités.

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    28 mars 2010 07:18

    D’abord, merci.

    Ce que je voulais montrer, c’est seulement que mutatis mutandis, les moteurs de l’action de la plupart d’entre nous sont les mêmes. C’est certain, je n’ai pas les fonds du Qatar avec moi, mais il est vrai aussi que je veux que mon entreprise grandisse, comme une femme bien sûr, c’est-à-dire avec prudence et en limitant les risques.

    Et j’espère que ce genre de volonté continuera de ne pas être punissable.

  3. 30 mars 2010 01:12

    « Nous nous sommes lancées dans cette histoire entreprise parce que nous voulions GAGNER DE L’ARGENT ! Hou les vilaines ! Nous voulons gagner de l’argent pour pouvoir vivre. Quitte à faire, bien d’ailleurs. Et surtout nous préparer notre retraite parce que nous ne voyons pas bien comment faire confiance en la poursuite du système actuel »
    > il me semble qu’entre vivre confortablement par le biais d’une création d’entreprise, et gagner des centaines de millions (au besoin en dissolvant le comité de rémunération qui vous freîne), il y a un juste milieu plus qu’acceptable. Personne ne consteste à Mr Zacharias le droit de pouvoir profiter des éventuels bienfaits qu’il aurait apporté, du moins si on mesure ces bienfaits à la fois pour son entreprise à long terme, ses clients, ses fournisseurs, ses actionnaires et ses salariés, et non pas une seule de ces catégories. Ce qui est en jeu, c’est le montant totalement démesuré des émoluments qu’il a percus, totalement déconnecté de ce que ses propres salariés ont eu même percus durant la même période. Qu’en tant que patron responsable de la stratégie, il touche plus, c’est d’accord. Mais dans ces proportions, soyons raisonnable, ses salariés ont quand même un peu participé à cette belle aventure non, mais eux n’ont pas le droit au pactole? Ils n’ont pas été lésés dites-vous, et encore heureux il aurait été cocasse de voir leurs propres salaires réduits quand le patron s’en mettait plein les poches…

    En outre, mesurer les résultats de ce monsieur à l’aune de la valeur boursière de son entreprise me parait quelque peu limité. Ma propre entreprise a annoncé un plan social de plusieurs centaines d’emploi dans des branches pourtant rentables et le gel des investissements dans ces mêmes branches. Le cours de bourse a grimpé. Bon ou pas bon, socialement et même uniquement industriellement à long terme? L’actionnaire n’a que faire du social et du long terme, il ne voit que son interêt personnel à court terme, et je le comprends, j’agirais de même si c’était mon argent qui était investi. Mais vous voyez bien la limite du raisonnement strictement boursier…

  4. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    30 mars 2010 01:59

    Bien sur, vous avez raison.

    Mais ce n’est pas au tribunal correctionnel de juger quel doit être le montant des salaires et autres avantages d’un chef d’entreprise dès lors qu’il ne commet pas d’autre délit que de gagner beaucoup d’argent, ce qui ne doit pas être un délit.

    C’est éventuellement aux administrateurs (faudrait plus de femmes – elles sont moins dingues sur ce genre de sujet), aux actionnaires, aux salariés – les banquiers ne le feront pas : ils se sont déjà beaucoup fait accrocher pour ingérence – mais pas aux juges correctionnels.

    On ne peut quand même pas menacer de prison tous ceux qui font des choses que l’on n’approuve pas ! C’est ma liberté de décision (faire bouger l’aiguille de la balance entre la solidité de l’entreprise et mon appât du gain) que je veux conserver.

    Et puis j’en ai assez de cette civilisation qui passe son temps à rêver de fouetter en place publique ceux qu’elle critique ! et de faire punir ceux qu’elle n’approuve pas.

    OK, Zacharias s’est fait des couilles en or avec VINCI.
    OK, nous sommes nombreux à regretter (moi pas hypocrite) de ne pas pouvoir en faire autant.
    OK, il préfère payer ses impôts en Suisse et ça, ce n’est même pas avoir la reconnaissance du ventre.
    OK, il n’utilise peut être pas aujourd’hui cette fortune pour aider d’autres personnes moins chanceuses que lui.
    OK, c’est peut-être une ordure – mais ni vous ni moi n’en savons en réalité rien.

    Et en tous les cas, rien de tout cela ne justifie la correctionnelle !

    C’est d’ailleurs ce qu’a pensé le tribunal.

  5. 30 mars 2010 10:23

    Ah mais je ne prétends pas qu’il soit une ordure, il profite d’un système dont il a su tirer avantage et je ne garantis pas que je n’aurais pas fait de même… Qui peut se prétendre meilleur que les autres?
    Nous sommes bien d’accord qu’un tribunal ne devrait pas avoir à juger ce genre de choses. Mais tous les garde-fous qui ont été mis en place sont manifestement défaillants, alors il convient de trouver autre chose. Le tribunal n’est qu’une forme extrême de solution, mais qui aura peut être le mérite de hâter la réflexion.
    Il est quand même triste de constater que la déréliction de la Morale nous amène dans de telles situations…

  6. Pajat permalink
    27 août 2011 17:38

    Les autoroutes, entreprise publique bénéficiaire chaque année, vendues a bas prix a vinci.. Non, ca sent pas l’arrangement entre amis !
    Le verdict du tribunal ne veut rien dire, quand on est riche a millions et qu’on a les bons amis on est pas jugé pareil qu’un smicard. Ce type mérite peut être bien plus que la correctionnelle.

    « Et puis j’en ai assez de cette civilisation qui passe son temps à rêver de fouetter en place publique ceux qu’elle critique ! et de faire punir ceux qu’elle n’approuve pas » : Hé bien j’en ai assez qu’on ne le fasse pas justement ! Zacharias et autres têtes de vinci amassent assez d’argent pour vivre des dizaines de vies, a quel prix ? On ne sort pas un instant de la logique du monde rentable, de la croissance.. Vinci et ses acolytes bétonnent la terre ! Exemple dans ma région, vinci construit un nouvel aéroport sur un site naturel exceptionnel, dont le financement est payé de moitié par l’état, bizarre.. A l’heure ou on nous rabache de l’écologie spectacle a longueur de journée, on construit sans cesse des autoroutes, des aéroports, des immeubles (alors que des appart vides servent a rien)… On a qu’une seule Terre, quand le dernier coin de verdure sauvage sera colonisé par le béton on aura que nos yeux pour pleurer..

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