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Mater certissima, pater semper incertus

13 mars 2010

Partant de ce principe, les reines de France accouchaient en public : à défaut dêtre certaine que l’enfant était le fils du roi, la cour pouvait témoigner qu’il était le fils de la reine !

Ce vieil adage de droit romain, repris par le droit coutumier français sous la forme juridique pater is est quem nuptiae demonstrant  a été retranscrit par le Code civil de Napoléon. Je n’ai ni les compétences, ni le courage pour  faire un cours d’histoire de cette présomption légale de paternité, de son intangibilité et des courses poursuites organisées par le droit pour rendre héroïque sa contestation. Notez tout de même qu’il ne s’applique qu’aux femmes mariées.

Elle n’est que la traduction légale et française du fait que toutes les civilisations occidentales et orientales ont vécu avec pour fondement une constatation simple : les mères savent de qui elles sont mères et pas les pères. Comme dans toutes ces civilisations, la maternité des femmes mariées entraîne des conséquences pour les maris, pour les familles, pour les tribus ou pour les clans et comme aucun homme ne peut savoir s’il est vraiment de père de l’enfant de sa femme, les sociétés se sont débrouillées pour empêcher les filles/femmes de rencontrer d’autres hommes que le père désigné à leurs enfants, j’ai nommé les maris. Tout est bon : harems (avec ennuques), duègnes, pensions, ceintures de chasteté et réprobations sociales  vigoureuses avec lapidations en tous genres et mises au ban….  Le comportement social a donc généré en cette règle sociale perverse : les filles sont vierges jusqu’au mariage et quoi qu’il arrive, une fois mariées, le père de leurs enfants est leur mari. Point barre.

D’aucuns vont même jusqu’à prétendre que la paternité symbolique n’existe que parce qu’il n’y a pas de paternité biologique certaine.

Les religions sont franchement plus égalitaires : la virginité et la fidélité sont obligatoires pour les deux sexes. La vie, le péché et les gros sous ont fait le reste.

Quoiqu’il en soit, cette règle  les-filles-sont-vierges-jusqu’au-mariage-et-le-père-est-le-mari-point-barre se retourne : le père de chaque enfant est le mari de la mère. Ensuite, elle se décline. Pour se donner du pouvoir, les hommes, les pères se sont donné aussi la puissance paternelle, puis la puissance (dans le sens de pouvoir – avec ses abus) et corrélativement le moindre pouvoir puis plus du tout, pour les femmes. Bien évidemment, la science a conforté cette conviction que les hommes sont le sexe fort et les femmes le sexe faible… Le ponpom, ce cher Freud qui explique doctement que si les femmes sont hystériques, c’est parce qu’elles souffrent du manque qui leur est imposé par dame nature, du machin pendouillant entre les jambes de ces hommes si forts, beaux et glorieux.

Eric Zemmour avec son Sexe fort (dit comme cela, c’est vraiment marrant) essaie d’ériger (là, je pousse peut-être un peu trop ;)) de nouveau la masculinité et ses travers comme modèle de vie.

Aujourd’hui l’essentiel du droit accorde une primauté certaine aux liens du sang sur les liens du coeur, en particulier pour l’argent. Un père naturel reconnu peut-être condamné à une pension alimentaire et quoi qu’il fasse, l’enfant naturel héritera (cf. l’affaire Montand). En matière de droits de succession, un enfant reconnu paiera peu de droits de succession et un enfant du coeur est un étranger au sens fiscal.  Un enfant physiquement abandonné par ses parents ne pourra pas être adopté tant qu’il ne sera pas juridiquement abandonné par eux et par leur famille.

Le corollaire en est la recherche d’une certitude biologique : les pères (dont certains ont déjà tendance à ne pas vouloir payer pour les rejetons de leurs spermatozoïdes) ne veulent pas payer si le rejeton n’est pas d’eux. Les enfants peuvent vouloir savoir qui est leur géniteur, que ce soit pour leur idendité ou pour de l’argent.

Les tests ADN permettent  d’établir avec certitude la paternité ou l’absence de lien entre un homme et sons enfant supposé ou pas, et même entre une mère supposée et son enfant. Jusqu’à présent en France, la naissance sous X assurait l’anonymat des mères qui avaient décidé, quelles qu’en soient les raisons, de ne pas reconnaître leur enfant. Or les naissances sous X ne sont plus aujourd’hui protégées : les enfants peuvent, difficilement certes mais ce sera de moins en moins difficile, savoir qui est leur mère biologique. Les grands parents peuvent faire établir leurs liens de filiation avec un enfant né sous X. Le coût des tests ADN est faible et leur nombre croît exponetiellement.

Au delà de ça, aujourd’hui les familles ne ressemblent plus à ce qu’elles étaient dans cet insconscient social que je viens d’évoquer.

Il y a/aura les familles légales, naturelles et légitimes, décomposées, recomposées, adoptives, avec un seul parent, avec deux parents, des deux sexes ou d’un seul sexe, sans grands parents, avec des parents qui ne sont pas des parents (familles d’accueil), avec des mères porteuses d’ovules de la mère éducante, des mères d’ovules, des pères de spermatozoïdes donnés ou de spermatozoïdes égarés (les pères qui se tirent à toute vitesse en apprenant une grossesse), des parents éprouvette,  et je suis sûre d’en oublier.

Dans un autre registre (mais pas tant que cela) il y a/aura aussi des familles parfaites, euh des enfants parfaits (enfin dans l’esprit des parents – de la mère quoi – au moment de la grosesse) : il y a plus d’avortements de bébés filles que de bébés garçons, autorisés en Chine, en Inde et en Suède (devenu droit de l’homme des femmes), aujourd’hui les procréations médicales sont réservées aux couples infertiles ou à risques et les parents peuvent donc choisir les caractéristiques de leurs futurs enfants. Mais bientôt, ces choix seront libres et nous ferons nos courses de bébés parfaits.

Notre monde donneur de leçons va devoir répondre à des questions fondamentales (pas tant que cela sorties de romans noirs de science fiction) :

  • qu’est-ce qui est le plus important dans une famille ? le sang ou le coeur ? Et si l’amour cesse ? Et si l’aimé ne plait plus ?
  • une société doit-elle laisser sa population choisir le sexe de son, ses enfants ?
  • que doit favoriser la loi : une situation établie ou des bouleversements dans des familles qui n’en peuvent mais (contester des paternités, rechercher des parents, …)
  • Une société doit-elle accepter l’eugénisme (source d’économies) ? A partir de quand est-ce un choix pour cause médicale ou de confort ? (cécité ou myopie ou strabisme, taches de vin ou points de beauté, insuffisance rénale ou diabète, à vous d’en trouver d’autres, …)
  • Doit-on aider nos enfants à trouver leur idendité dans leur sang, le sperme et l’ovule de leurs géniteurs, ou leur propre vie ?

Je crois que la Sainte famille peut nous aider à répondre : Joseph a en toute connaissance de cause accepté d’aimer et d’élever un enfant qui n’était pas le sien.  La paternité peut donc sans problème être de coeur et non pas de sang. Jésus était un sale gamin qui a très tôt rappelé à ses parents qu’il ne leur appartenait pas (Lc 2, 41-52). Aucun enfant n’appartient à ses parents et a contrario les parents ne doivent pas choisir leur enfant.

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5 commentaires leave one →
  1. COLLIN permalink
    29 avril 2012 19:55

    Je bosse sur la place du père et que je suis tombée sur ce blog, et du coup, juste pour défendre un peu Freud (je suis en psycho), il disait aussi que la force de la femme était d’etre manquante de ce « machin pendouillant entre les jambes » et la faiblesse de l’homme de l’avoir. Ayant le phallus, l’homme aurait sans cesse peur de le perdre alors que la femme ne peut pas le perdre puisqu’elle ne l’a pas. J’aime bien cette idée donc voilà !

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    13 mars 2015 15:24

    J’aurais pu répondre plutôt et j’espère que vous me pardonnerez.

    En suivant ce raisonnement, autant se tuer tout de suite plutôt que craindre de mourir, ce qui arrivera de toute façon un jour !

  3. Damien permalink
    23 novembre 2015 14:02

    J’aurais pu répondre PLUS TÔT et j’espère que vous me pardonnerez (aussi). Je viens de tomber, par hasard sur ce site et j’ai quelques minutes pour un commentaire…
    En suivant ce raisonnement (celui de psclv du 13 mars 2015) on se dit que quand on veut avoir raison toutes les pirouettes sont bonnes, singulièrement quand il s’agit de citer n’importe quelle idée freudienne reformulée trivialement, incomplètement et sortie de tout contexte (pourquoi se compliquer la vie quand on peut faire dans le KISS à bon marché) pour la retourner plus contre lui que contre la psychanalyse.
    Heureusement, les détracteurs ont beau faire ils semblent jusqu’à aujourd’hui se casser les dents.

  4. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    23 novembre 2015 15:28

    @Damien
    Évidemment je vous pardonne ! 😉

  5. 8 avril 2016 06:42

    Salut, merci pour votre article très fascinant! Je suis intrigué par ce theme. Grâce à votre site que je viens découvrir, je vais en connaître davantage. Amicalement.

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