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L’histoire et le climat

8 mars 2010

Je l’avais annoncé dans mon précédent billet, voici donc un résumé des derniers siècles du climat en Europe. Pour simplifier, chaud au moyen-âge, froid ensuite, très froid sous Louis XIV et se réchauffant depuis.  

Emmanuel Le Roy Ladurie a publié en 2004 le premier tome consacré aux 13ème à 18ème siècles de son Histoire humaine et comparée du climat. S’agissant d’une histoire comparée du climat et de l’homme, il entrecroise en permanence les connaissances qu’on a du climat de l’époque et les faits historiques connus. Corrélation ? ou pas.  Lien direct de cause à effet ? ou pas.

Il mesure les températures par divers moyens :

  • datation au carbone 14 des glaciers
  • les anneaux des arbres qui mesurent leur croissance, qui elle-même dépend du climat
  • les dates de vendanges qui sont répertoriées en France depuis 137O (si ça, ce n’est pas la preuve que nous sommes un pays de pinardiers !)
  • les chroniqueurs qui racontent la vie,
  • les registres religieux qui racontent les besoins particuliers de procession, les registres de naissances baptèmes, de mariages et de décès
  • les édits qui racontent les réponses des pouvoirs aux problèmes.

Pour ce qui est des glaciers, il ne faut pas oublier que leur importance dépend certes de la température mais aussi de la quantité d’eau qui leur tombe dessus et qui peut geler et les grossir.

Et voici donc un résumé de l’histoire du climat en France mais aussi en Europe :

1 – Au 13ème siècle, il y a  des étés plus chauds et des hivers peu froids, avec une belle période d’étés chauds et secs de 1240 à 1290.  C’est l’époque de Saint Louis, de l’épanouissement de l’art gothique et  comme le relève Emmanuel Le Roy Ladurie,  » il n’est pas exclu que ces belles chaleurs aient pu stimuler l’agriculture, l’économie et la démographie ». Une sorte d’âge d’or du climat.

2 – Le 14ème siècle est le début du petit âge glaciaire, assez net à partir de l’hiver 1303, avec une poussée des glaciers au XIVe siècle que l’on mesure grâce à la dendrochronologie, entre 1300 et 1370. Il y a corrélativement de notables épisodes de froid, qui ont entraîné en particulier la grande famine de 1314 à 1316, les étés étant eux-mêmes pourris. Il y pleut presque tout le temps ce qui empêche  le foin de sècher, ce qui embourbe les charrues, fait rater les semailles d’automne et de printemps. Il y a trop peu de blé  et l’on a de grosses famines. Emmanuel Le Roy Ladurie ajoute même que si la peste noire de 1348 n’est peut-être pas provoquée directement par le climat, il reste qu’au cours de la décennie 1340, il y a en grand nombre des étés frais pourris, et qu’il est possible qu’en 1348 le passage de la peste bubonique à la peste pulmonaire la plus dangereuse ait été influencé par cette fréquente, froide et lourde pluviosité estivale de ces années 1340. Il faut dire que peu et/ou mal nourris, les gens ont plus mal résisté à l’épidémie que s’ils avaient été en grande forme.

 3 – le 15ème siècle : toujours dans le petit âge glaciaire, Emmanuel Le Roy Ladurie note un vague réchauffement au début du siècle  de 1415 à 1435 avec des vendanges précoces, indicatrice de toute une série de beaux étés. Trop beaux en fait pour être vraiment efficaces, producteurs d’un vif coup d’échaudage en 1420 générant lui-même une forte famine due certes aussi à la guerre de 100 ans, mais surtout aux  mauvaises récoltes. Il ne faut pas non plus oublier que la guerre de 100 ans n’a pas duré 100 ans : c’étaient des périodes de guerre et de paix alternées que un peu plus de 100 ans.  Les céréales de l’époque ne supportaient pas bien les grandes chaleurs associées à trop de précipitations (échaudage). Et donc, dès Noël 1420 le blé manque. Les chroniqueurs de l’époque relèvent que les enfants mouraient de faim et de froid. Selon Le Roy Ladurie, l’été 1420 ressemblait à celui de 2003, mais en un peu moins chaud. Tous les mois, de février à août 1420, furent de 2 à 3° plus chauds que lors des moyennes pourtant relativement tièdes du XXe siècle.

La deuxième moitié du siècle n’est guère meilleure  malgré un rafraîchissement sensible dans l’ensemble : grande famine de 1481 due à trop de précipitations :  hiver très froid, printemps et été fort pourris. C’et la première fois qu’en France, le pouvoir, Louis XI, tente des mesures anti-famines. C’est d’ailleurs à partir de Louis XI que les rois s’intéresseront de plus près au bien-être du peuple et le manque de succès des mesures prises le leur sera d’ailleurs reproché à la révolution !

4 – De 1500 à 1560, il y a une belle période avec beaucoup de beaux étés, des hivers doux et les saisons sont souvent douces, chaudes ou pas trop froides. Cela entraîne donc des disettes d’échaudage du blé par exemple en 1540.  Cet été là le vin est tellement sucré qu’on en fait un apéritif  ! (heureusement qu’on a en France une histoire descriptive très précise du vin !). A partir de 1523-1524, les étés sont chaud, le blé est rare, le prix du pain augmente, 1 500 maisons et quatre églises brûlent à Troyes (j’aime bien cette ville et elle avait beaucoup de chroniqueurs) … il y a des incendies de forêts, même en Normandie et des disettes…

Au milieu de tout cela, il y a une période fraîche et pourrie : 1526-1531, avec malgré tout les mêmes conséquences recensées :  hausse du prix du pain, les emblavures gâtées,  récolte céréalière médiocre, vendanges début octobre, c’est dire. D’ailleurs  1529 avec sa série de mauvaises récoltes, sa disette assez grave, a vu la fameuse grande Rebeyne, révolte pendant laquelle, entre Saône et Rhône, les greniers sont pillés. D’une façon générale, c’est le démarrage en Europe  d’une vraie problématique des pauvres : plus la population augmente plus le nombre de pauvres aussi.

5 – A partir de 1560 les températures se rafraîchissent pour toutes les saisons. On constate une baisse de 0,6°C en moyenne. Les glaciers alpins progressent assez fortement et les vendanges sont tardives (sans être bonnes). Outre les guerres de religion, en france, cette période est marquée par la disette de 1562-1563 consécutive aux mauvaises moissons de 1562, la peste avec son énorme mortalité de 1562-1563. Emmanuel Le Roy Ladurie regrette d’ailleurs que les historiens préfèrent parler du voyage de Charles IX et de sa mère en 1564-1565 dans toute la France, à travers des populations décimées peu auparavant. Il les compare même à des médias qui ne parleraient que du Tour de France ou du Paris-Dakar, après une catastrophe démographique qui aurait provoqué dans notre pays un minimum de trois millions de morts !

Autre hiver très froid 1572-1573. Les eaux des rivières (même la Tamise !) et des lacs gèlent en Europe et ce froid tue les semences. Ensuite saisons noyées de pluies qui entraînent un vin acide qui tourne à la piquette. Pas mieux : l’automne 1585 fort humide, l’hiver suivant 1585-86 nettement glacial.  On est en plein dans le petit âge glaciaire qui sert de repère pour dire qu’aujourd’hui le climat se réchauffe ! A l’époque Pierre de l’Estoile note que les pauvres ruraux, par troupes, coupent le blé à demi-mûr « et le mangent à l’instant pour assouvir leur faim effrénée ». Les guerres de religion qui entraînent le pillage des convois de grains n’arrangent rien. La décennie 1590 est également une suite d’années froides ou très froides. Comme à l’époque en Angleterre qui subit pourtant les mêmes disettes, maladies, déficits démographiques et morts supérieures aux naissances, il y a en même temps une grande paix sociale, les historiens français qui attribuent les disettes aux seules guerres de religion sont d’une monstrueuse mauvaise foi.  

6 – Le 17ème siècle est  marqué par une nouvelle baisse des températures de toutes les saisons avec, en prime, trop de pluies. Une horreur par rapport au superbe 16ème, déjà plus froid que le 15ème ! C’est dire. De 1601 à 1675, par exemple, 70 % des hivers néerlandais sont pluvieux et/ou neigeux.

Les deux premières décennies ont été plus douces : la poule au pot d’Henri IV ! Mais 1621 marque un changement : printemps frais,  été froid, vendanges très tardives, l’hiver redoutable : grande famine en Angleterre, prix maxima du blé en France,  mortalité parisienne en ascension libre. À cette décennie fraîche succèdent des années de flotte donnant de mauvaises récoltes  : de 1620 à 1630, hausse de prix du grain, peste corrélative de la disette dans l’Ouest de la France, le sud ouest, en Bretagne et dans le Nord. La pointe de mortalité de 1631 est l’une des plus fortes connues, puis en 1636 aussi. Puis les étés se réchauffent, trop et on recommence : belles moissons, vendanges précoces, mais le niveau d’eau des rivières et des nappes phréatiques est trop bas, elles sont donc polluées ce qui entraîne une dysenterie catastrophique. Heureusement, pour l’été 2003, nous avions un pays avec des moyens de transport, de l’eau minérale en bouteille et une grande connaissance de la pollution des eaux et la TV qui annonçait quelle eau nous ne devions pas boire…

Avant et pendant la Fronde (1640-43), de nouveau rafraîchissement avec de médiocres moissons, peu de fruits et légumes, des émeutes de subsistance dans le sud-ouest et une situation catastrophique dans le Rouergue : les habitants ne mangent du pain que deux à trois fois la semaine, on abandonne les terres, les familles sont décimées. Fait remarquable : la même période voit six révolutions en Catalogne, au Portugal, à Naples, en France et en Angleterre, avec des troubles aux Pays-Bas. Comme le relève Emmanuel Le Roy Ladurie, si les deux séries – politique et climatique – sont théoriquement indépendantes l’une de l’autre, « il y a bien une composante météo-traumatique, froide, humide, météo déficitaire en blé, réelle, sinon décisive par rapport à la politique » : la hausse des prix du blé engendrée par le mauvais climat pluvieux et les mauvaises récoltes attise un mécontentement populaire dont les origines sont peut-être politiques. Encore que les chevaux se battent toujours plus quand le foin manque.

Le règne de Louis XIV (1645 – 1715) est en plein dans le minimum de Maunder :  spécialement froid, avec son déficit prolongé en taches solaires. Louis XIV crée d’ailleurs l’Observatoire de Paris et on peut dès lors se fier aux observations systématiques de l’époque. La phase de Maunder est contemporaine d’un refroidissement hivernal et parfois estival des températures dans lequel les variations solaires ont pu jouer un rôle. C’en est fini  les beaux étés, chauds, secs, propices aux moissons. On passe des disettes aux famines. C’est le temps des famines lors de la seconde moitié du règne de Louis XIV en France, en Écosse et dans les pays nordiques. Plus guère de semailles automnales. Dès 1658, les inondations catastrophiques et la pluviosité continuelle très dangereuse pour les céréales entraînent un désastre : mortalité,  famine, raréfaction des mariages ce qui réduit les naissances, un demi-million de décès supplémentaires (soit un 1.750.000 morts à l’échelle des 65 millions d’habitants d’aujourd’hui, c’est-à-dire je ne sais combien de grippes A efficaces ). C’est toutefois moins que plus tard en 1693-94 et 1709-10.

Madame de Sévigné grelottait à Paris en juin1675 tout comme sa fille en Provence : « Il fait un froid horrible, nous nous chauffons et vous aussi, ce qui est une bien plus grande merveille. »  Puis 1687 commence une longue période qui sera la plus froide jusqu’à nos jours, avec son lot de catastrophes alimentaires. 1691 : hiver froid, neigeux, printemps 92 et début de l’été, frais et pluvieux, moisson à demi-manquée, vendanges ultra-tardives ; automne et ses semailles complètement ratées ce qui donne la grande famine de 1693 ce qui donne en deux ou trois ans, 1 300 000 morts supplémentaires soit proportionnellement  par rapport à notre population actuelle, près de 4 500 000 morts ! Ce sont parmi les années les plus froides que l’on ait jamais connues en Europe, avec beaucoup de pluviosité, des flux dépressionnaires venus de l’Atlantique incessants en France mais aussi en Suède, en Écosse, en Finlande où un tiers de la population est morte de faim et de maladies en 1696-97 ! Donc, une dizaine d’années avec une succession quasi permanente d’hivers très froids et d’étés pourris, froids et pluvieux.

7 – le 18ème siècle se réchauffe un peu. Pas aussi chaud que le 20ème siècle mais franchement mieux que le précédent. Les glaciers alpins reculent un peu. La même croissance économique a eu lieu en Europe et en Chine et Emmanuel Le Roy Ladurie en déduit que tout l’hémisphère nord a profité de ce léger réchauffement. Il se demande certes si « l’expansion très forte de la population chinoise au XVIIIe siècle s’explique par la croissance des ventes de porcelaine de ce pays à la Compagnie des Indes européennes », ce qui ne lui  paraît guère un argument sérieux.

Il y a donc des années de canicule de 1704 à 1706, puis 1718, 1719 et 1779 avec les mêmes effets connus de dysenterie (baisse des nappes phréatiques, eaux pourries dans les rivières, donc infections, etc.) et de très nombreux décès : en 1704-1706, 200 000 morts, en 1719, 450 000 morts dont beaucoup de bébés et de petits enfants (la canicule de 2003 n’a entraîné que 15 000 morts). Ce qui est extraordinaire c’est que personne n’en parle. Pourtant 450 000 morts, c’est l’équivalent de près de 1.350.000 morts en 2003.

Même chose en 1747 et 1779 (selon le cas automne ou été trop chauds, donc dysentérique), mais seulement 200 000 morts à chaque fois (c’est « moins pire » qu’en 1719, on n’arrête pas le progrès !).  Au milieu de ces rares belles années, il y a tout de même  quelques années pourries, celle de 1725 avec un été sombre, très nuageux, pluvieux en permanence, avec une récolte médiocre. Donc cherté, donc émeutes. Et surtout 1740, une année de quatre hivers.

Avec ces quelques années chaudes, il y a eu d’abondantes récoltes en blé et le roi a libéré le commerce des grains en 1764. Mais le mauvais temps recommence à partir de 1770, ce qui entraîne un fort déficit frumentaire et une grosse crise économique (textile déjà) ; du coup plus de liberté pour le négoce des céréales. Comme le dit Emmanuel Le Roy Ladurie, « Libéralisme et liberté des échanges,  c’est bien, c’est bien gentil, mais ça vaut surtout pour les années d’abondance où tout marche bien. Dès que Dame Pénurie fait son come-back, il faut serrer les boulons de l’autoritarisme. »

Et en prémisses de la Révolution, un automne pourri fin 1787, semailles fichues, printemps 88 très chaud à Pâques, échaudage des blés, grêle du 13 juillet 1788, récolte médiocre à cause des printemps et été trop chauds, puis grosses pluies et orages en août 88 qui liquident ce qui reste de moisson. Émeutes de subsistance dont la plus connue : celle du 14 juillet 1789. Je ne résiste pas à citer encore Emmanuel Le Roy Ladurie « vous connaissez la suite. Le climat se borne à donner une inscription chronologique pour un événementiel qui, lui, est spécifiquement politique, culturel, nullement météorologique. »

Même modèle sauna-douche pour 1794. Mésaventure météo de Robespierre (9.10 thermidor) mais surtout récolte 94 mauvaise et  grosse disette au printemps 95. Viennent donc les fameuses émeutes de Germinal et Prairial 95, ces mois de printemps disetteux qui mettent fin à la période violente de la Révolution française pour aborder le temps des Me’veilleux et des Inc’oyables.

8 – Sous l’Empire, un hiver très rude en 1802, à la 1481, à la 1565, et doté d’une crise de subsistance ; puis 1811, un été très chaud, le fameux « vin de la comète » , un vin délicieux qui distrait guère de la crise alimentaire ou anti-alimentaire due à l’échaudage et à une mauvaise récolte de blé. Mais ensuite, c’est la reprise du petit âge glaciaire entre 1812-15 et 1859, avec surtout une grosse fraîcheur entre 1812 et 1820 suivie d’une nouvelle poussée maximale des glaciers alpins, avec l’extension vers le sud des trajectoires des cyclones, fréquence accrue des tempêtes, même la calotte glaciaire de l’Arctique est en expansion.

Du 5 au 15 avril 1815 eut lieu l’explosion du volcan de Tambora en Indonésie. Haut jusqu’alors de 4 300 mètres, un petit mont Blanc, il ne comptait plus que 2 850 mètres après l’explosion ! Elle fut tellement énorme (100 fois les bombees d’Hiroshima et Nagazaki réunies !) que la poussière s’est répandue sur presque toute la planète, le ciel est brouillé de soufre pendant une année entière : pas d’été en 1816. Pour l’Europe, c’est l’année la plus froide de la décennie 1810-1819. Il neigeait dans les Alpes toutes les semaines de l’été.  Donc, parmi les divers continents, récolte des cannes à sucre en Alabama et en Louisiane diminuée ; au Canada pourtant peu peuplé, interdiction d’exporter les grains ; Irlande pays souffre-douleur, vous y devinez la famine de pommes de terre, de pain et le reste ; en France on aurait perdu 2° C en l’été 1816 ; des disettes ou demi-disettes un peu partout. La plus violente explosion de volcan de l’histoire, même si elle est peu connue.

Tant et si bien que la reprise économique post Tambora, qu’à partir de 1817 et surtout 1818. En 1845 et 1846 recommence hiver froid- été pourri comme en 1481 ou 1740, d’où famine de la pomme de terre en Irlande avec plus d’un million de morts irlandais, avec la connexe maladie des pommes de terre ; puis le printemps-été très sec et très chaud de 1846, dont Emmanuel Le Roy Ladurie relève que c’est l’un des douze étés parmi les plus chauds des 500 dernières années. Et cette série frigo-sauna entraîne encore l’échaudage et une sorte de disette mais surtout une grosse crise économique en 1847 en France et en Allemagne. C’est aussi le moment de la Révolution européenne de février 1848 qui a certainement aussi des causes politiques, culturelles, etc.

 

1860 marque la disparition du petit âge glaciaire dans les Alpes sûrement, en Scandinavie peut-être, dans l’ensemble de l’Europe et du monde, on peut en discuter. Le recul des glaciers alpins est dû à partir de 1859 à des baisses de précipitations et à des paquets d’étés chauds, lors des décennies 1860 et 1890. Mais le climat ne se réchauffe en Europe qu’à partir de 1903.

 

Depuis lors, c’est de la météorologie et non plus de l’histoire.

Je ne peux me retenir de citer pour conclure, Emmanuel Le Roy Ladurie :

L’histoire du climat de l’ultime millénaire, en tant que discipline, s’est développée en Suisse, avec Pfister et Lutterbacher, en Tchéquie, en Belgique aussi avec mon élève Pierre Alexandre, en Angleterre avec Phil Jones ; en France j’ai eu un certain nombre d’élèves ; pour les jeunes, avec la conjoncture météo d’effet de serre actuelle, il y a pas mal de choses à faire, on peut regretter certes qu’il y ait de moins en moins de gens qui vont à la messe et de plus en plus de spécialistes d’histoire religieuse, si valable soit-elle, mais pour ce qui est de l’histoire du climat, elle devrait présenter un grand intérêt et susciter quelques vocations supplémentaires, sans tomber pour autant dans le catastrophisme qui parfois nous obsède à propos de ce thème d’écologie historico-contemporaine.

 

Tout cela pour dire que le catastophisme ambiant n’est peut-être, probablement, pas si fondé que l’unanimement partagé actuel faire penser.

J’ai tiré tous ces faits de l’ouvrage d’Emmanuel Le Roy Ladurie et d’une conférence qu’il a donnée en 2005 à l’Académie des sciences morales et politiques. Le résumé est certes de moi mais j’ai tenté de respecter sa description du climat des derniers siècles.

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8 commentaires leave one →
  1. 9 mars 2010 22:05

    Extrêmement intéressant bien qu’un peu technique! C’est du boulot…

    Au delà du résumé, quelles conclusions en tirez-vous?

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    9 mars 2010 23:15

    En fait, je n’en ai tiré aucune car je trouve qu’il y en a trop ! Et que je voulais laisser chacun en tirer ses propres conclusions.

    Inutile de vous dire que j’y ai passé le week end !

    Il y aura probablement un troisième volet sur Malthus. Le malthusianisme est une tentation banale de la pensée qui se renouvelle de décennie en décennie, le GIEC n’étant que son actuel avatar.

    Tout cela est trop peu su ! En fait le post intéressant (d’un point de vue polémique) est le précédent.

    Celui-là, c’est juste de la culture – parfaitement ignorée, malheureusement ! mais qui devrait être sensée relativiser l’appréciation de nos contemporains sur le monde d’aujourd’hui. C’est aussi poura rappeler que nous, nous vivons rudement bien, et qu’il faut en garder le souvenir permanent et rendre grâce. C’est loin d’être parfait mais nos quelques mésaventures climatiques (en France) ne sont que des blagounettes au regard de ce qu’on vécu nos grands parents.

    Mais ce blog n’est après tout qu’une distraction et j’avance à mon rythme avec le temps et la flemme que me laisse par ailleurs un boulot prenant.

  3. 10 mars 2010 00:25

    Eh bien merci pour cette (grosse) pincée de culture 🙂

    Ma première impression le billet lu a été de me dire que en dehors de quelques périodes, l’histoire n’a fait qu’alterner périodes trop froides et périodes trop chaudes, avec à chaque fois famines, disettes, mortalité aggravée. Donc oui effectivement comparativement notre ère semble plus propice, même si les progrès techniques comme la mondialisation (qui n’a pas que des effets pervers) ou la plus grande diversité des cultures ont du fortement aider à nous prémunir des risques de famine. Du moins dans nos pays riches…

    L’autre « conclusion » serait peut-être qu’il est réducteur de ne prendre en compte qu’un passé trop récent pour en tirer des conclusions sur un accroissement des températures, ce qui relativise quelque peu les discours des alarmistes climatiques.

    Mais concernant la préoccupation croissante sur les sujets écologiques, je pense au final que même si le danger est surévalué, les conséquences ne peuvent être que largement positives. Si cela peut nous permettre de changer nos comportements consuméristes (sur le plan des biens matériels mais aussi de nos comportements sociaux ou de notre relation avec le corps humain), on en aura de toutes façons tiré quelque chose d’extrêmement positif.

    Il faut savoir raison garder, mais considérer par ailleurs que la tendance actuelle peut servir l’Homme et l’élever.

  4. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    10 mars 2010 08:12

    Je suis bien d’accord avec vous, et ce que je n’ai pas dit, c’est que le chauffage était inexistant et qu’il n’y avait pas de clim ! que les vêtements étaient peu confortable, que les chaussures gauches et les droites étaient pareilles, bref que la vie était vraiment dure et ne survivaient que les très costauds, et encore pas très longtemps ! Si les disettes du 19ème n’étaient que des mini disettes, c’est parce que le blé du 16ème siècle a été amélioré pour mieux supporter l’échaudage et pour être plus productif ! Il faut se souvenir aussi que c’est la vie d’une grande majorité de la population sur terre. Bien sûr, il y a aujourd’hui des chinois et des russes richissimes mais il y a aussi tous les vieux, tous les pas doués qui vivent plus mal aujourd’hui que pendant le communisme parce que leur nouveau libéralisme n’a pas appris la répartition.

    C’est pour cela que j’aime beaucoup l’histoire : cela me permet de relativiser et d’admirer les colossaux progrès de vie que les progrès techniques ont autorisés. Quand j’ai des frustrations (des envies que je ne satisfais pas) je me rappelle la vie de nos ancètres et je me passe ma frustration !

    Pour ce qui est du consumérisme, c’est une de mes grandes théories : on confond aujourd’hui trop facilement j’ai envie et j’ai besoin. Avec toutes les conséquences perverses qu’on peut imaginer : ça me fait du bien -> je le fais, je peux -> je le fais. Avec en plus aucune éducation (en famille ou à l’école) sur le bien et le mal, sur le immédiat et l’avenir.

    Croyez-vous vraiment qu’on puisse indéfiniment faire tenir notre système des retraites de répartition entre actifs et non actifs alors qu’il y a moins d’actifs ! Et on creuse le trou, et on creuse le trou… et votre papier sur la grèce est fondé. La France est trop riche et nous pouvons encore tenir avant la faillite ! La question est de savoir combien de temps.

    Alors, tous ceux qui papotent sur X qui doit ou qui doit pas dénoncer les errements d’un candidat, sur le Quick qui doit ou pas donner de la bouffe Hallal alors que le porc ne fait pas partie des aliments obligatoires, sur Carla amoureuse ou pas d’un chanteur et plus de notre président, et sur je ne sais pas quel nouveau buzz internet va encore inventer aujourd’hui, je trouve que ce sont des critiques de starlettes capricieuses, et que cela ne mérite pas vraiment qu’on s’y arrête.

    Notre monde occidentalo-trouillard se pose des questions qui n’en sont pas et fait un blocage psychologique incapacitant sur des questions pour lesquelles « on » (et « on » c’est vraiment « con ») a décidé que c’était la vérité en oubliant que la vérité scientifique change tous les ans (tous les 10 ans, je veux bien), ce qui suffit à démontrer que ce n’est pas la vérité.

    Pour le GIEC, ce sera pareil parce qu’il n’est pas possible que sur ce sujet là seulement, la vérité soit immuable. Je ne suis pas assez lue et je suis trop paresseuse pour nétudier vraiment le GIEC (qui est qui, quel était le point de départ de leurs études, quels sont les éléments qui ont été mis en exergue et quels sont ceux qui ont été considérés négligeables, etc.).

    Zemmour qui est payé à faire du mauvais esprit devrait s’y coller. Moi j’ai un job qui me plait et dont je ne veux pas changer et mes posts sont ma détente : je les fais sur ce qui me plait et mon arrogance naturelle ne m’amène pas à croire que j’ai une influence quelconque.

    En tous cas, merci de vos commentaires, de cette conversation et du bon humanisme (c’est un compliment) de votre blog que je lis régulièrement.

  5. cilia permalink
    11 mars 2010 13:59

    Pourquoi…,

    Merci et chapeau pour ce travail !

    Deux remarques.

    « Libéralisme et liberté des échanges, c’est bien, c’est bien gentil, mais ça vaut surtout pour les années d’abondance où tout marche bien. Dès que Dame Pénurie fait son come-back, il faut serrer les boulons de l’autoritarisme »

    Pour moi qui ne crois pas au libéralisme en raison de l’hétérogénéité de l’humanité, je pense notamment aux disparités d’intelligence et de connaissances, cette remarque sur l’abondance versus pénurie ne peut que me conforter dans mes doutes.

    Cependant, je peux imaginer, voire défendre, qu’un libéral vous répondrait honnêtement, enfin à Le Roy Ladurie, que dans un système véritablement libéral, la gestion du risque de pénurie serait très naturellement intégrée et très sérieusement considérée ; la pérennité d’une activité et/ou d’une entreprise prenant, à l’usage, toujours le pas sur l’inconséquence du coup juteux mais unique et trop risqué.

    Laloose,

    « Mais concernant la préoccupation croissante sur les sujets écologiques, je pense au final que même si le danger est surévalué, les conséquences ne peuvent être que largement positives »

    En êtes-vous certain ?

    Si c’est le cas, que répondez-vous aux deux-trois centaines d’employés de Total qui refusent la fermeture d’une raffinerie quand la politique écologiste nous enjoint à brûler toujours moins de pétrole ?
    Mais ce n’est là qu’un détail finalement car…
    …et si nous nous mettions toutes, femmes de l’Occident, à ne plus entretenir nos maisons et laver nos textiles qu’avec des recettes écologiques minimalistes, que répondriez-vous aux dizaines, aux centaines de milliers d’employés du secteur des produits d’entretien mis au chômage ?

    Comment s’organise-t-on à 6,5 milliards d’individus, 9 milliards envisageables à l’échelle d’une vie d’homme, avec pour principes humanistes, un niveau de vie, d’énergie, de soins, de sécurité, de prospérité à l’exact négatif de ce que prônent les écologistes ?

    Je ne suis en rien opposée à l’écologie (la vraie), mais comment résolvez-vous ce paradoxe ?
    Quels éléments, dont à l’évidence je n’ai pas connaissance, vous permettent de penser que tout cela ne peut avoir que des conséquences largement positives ?

  6. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    11 mars 2010 15:15

    @cilia : je ne résouds pas ce paradoxe. Et vous avez raison, les familles de chez Total ont elles aussi le droit de manger, d’avoir un toit et des vêtements. Celles d’Unilever aussi. J’avais d’ailleurs fait un post virulent sur l’écologisme des riches ….

    Je pense que l’homme parviendra à progresser pour résoudre le problème autrement que par la privation définitive d’éclairage et de chauffage. Le blé du moyen âge ne résistait pas à grand chose. Nos blés d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes, ils sont moins fragiles, ils n’ont plus besoin des insecticides vaporisés comme dans les films d’Hitchcock.

    Par des moyens que je ne connais pas encore, on arrivera à résoudre cette question.

  7. 11 mars 2010 18:24

    @cilia : vous posez une question à la fois très intéressante et complexe. Difficile de répondre tout de suite , mais je le ferai plus tard!

    Cela dit pour parler de Total Dunkerque, il me semble que le site ferme pour des raisons de surcapacité plus que d’ecologie…

  8. Alain Ducourtieux permalink
    27 août 2014 18:31

    Ce blog est il toujours actif ?
    En effet je le trouve exactement à ma mesure .
    A plus j espère .

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