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La burqa – 3, ou Ni le respect ni la sécurité

17 janvier 2010

Dans La burqa -2, j’ai évacué rapidement l’argument de la sécurité. Mais c’est maintenant l’argument le plus souvent utilisé pour justifier une loi interdisant la burqa.

Ma réponse « les prisons sont pleines de délinquants qui n’ont jamais porté de burqa » n’était pas fausse. Cette affirmation peut d’ailleurs être retournée : on ne connait pas en France de délit commis par quelqu’un qui se serait caché sous une burqa.

Cet argument de la sécurité, utilisé par ceux qui n’ont pas forcément le courage d’assumer leur ressenti discriminant à l’égard de ceux qui sont différents, n’a effectivement aucune force de conviction. Jean-François COPE estime pour justifier sa proposition de loi, que la burqa «n’est pas un problème de religion, ce n’est pas un problème d’immigration […]. C’est un problème qui a trait à deux choses : premièrement, le respect des femmes et deuxièmement, la question de l’ordre de la sécurité publique».

D’abord, il faut qu’on m’explique en quoi réglementer les vêtements des femmes revient à leur manifester du respect. Je ne peux admettre qu’on prétende respecter plus les femmes en leur interdisant d’arranger un morceau de tissu comme elles l’entendent alors que personne n’envisage d’interdire aux hommes de porter de longues robes, des anglaises le long du visage, une barbe, des turbans, voire même pour certains du maquillage, et dans tous les cas des tatouages et des piercings qui sont des actes mutilatoires définitifs, bien pires que des vêtements.

Et comme d’habitude immémoriale mondiale, dès qu’il s’agit de s’attaquer aux femmes, il se trouve toujours des femmes pour s’y joindre et l’approuver. Il y a des féministes aujourd’hui pour trouver normal de réglementer les vêtements d’autres femmes.

En outre, le respect ou plutôt ses manifestations, change selon les lieux et les époques. Lévi-Strauss a montré que si, chez nous, le respect pour les morts consiste à les enterrer pour les laisser pourrir, dans d’autres cultures, il consiste à les manger. Chez nous, à certaines périodes de notre histoire, une femme qui se respectait ne montrait pas ses chevilles, ne portait pas de pantalon – on en a même inventé la selle en amazone ! – ne se montrait jamais enceinte, une jeune fille ne relevait jamais ses cheveux, etc. Les révolutionnaires ont aussi fait une loi pour interdire aux femmes le port du pantalon ! Rappelons-nous un peu le tollé moralisateur de la disparition du corset, ou de l’appartition des jambes, et encore moins loin, l’arrivée de la mini-jupe !

Dans ces conditions, je ne vois pas où est le respect qu’on peut montrer à une femme en lui demandant de retirer un vêtement. On ne peut pas respecter une femme en la contraignant à montrer ce qu’elle veut cacher ! C’est justement quand on veut humilier quelqu’un qu’on le force à se deshabiller, c’est aussi quand on veut s’approprier quelqu’un qu’on veut le forcer à révèler ce qu’il/elle estime de plus privé. Ce ne peut être à autrui de décider pour chacun comment il doit apparaître aux autres.

Pour ce qui est de la sécurité, elle ne réside pas dans le fait de voiler ou non son visage. Il y a des caméras de surveillance un peu partout, dans les banques, sur les carrefours, dans les lieux publics, dans les endroits sensibles. Que croyez-vous que font les individus qui ne veulent pas être reprérés : perruques, lunettes noires, déguisements, cagoules (celles des sweats pas celles qui sont déjà interdites dans les manifestations). Alors le voile n’est qu’un déguisement de plus. En logique de sécurité, il faudrait aussi interdire la vente des lunettes de soleil, des perruques et d’ailleurs de toutes teintures qui permettent aussi de changer son apparence.

En moins sécuritaire, cet argument du visage qui doit être montré, devient l’affirmation que les visages dissimulés sont la négation de l’idendité : ceux qui côtoient une femme emburqatée ignoreraient à qui ils parlent puisqu’ils ne voient ni son visage ni les expressions de son visage. Il ne me parait pas non plus suffisamment pertinent pour s’opposer à la liberté de ces femmes de se vêtir comme elles l’entendent.

Il est en plus faux : si on parle dans la rue à une femme qu’on ne connait pas, on ne la connait pas plus qu’elle soit voilée ou non. Quand on demande son chemin ou l’heure, quelle importance de voir le visage de celui/celle qu’on interroge ? A contrario, si on parle à quelqu’un qu’on connait, nul besoin de voir son visage pour savoir qui il/elle est. Ou on ne se téléphone plus ….

Certains bloggers et/ou bloggeuses racontent qu’ils ont regardé des interviews de femmes voilées et qu’ils/elles en avaient été gênés. Certes, comme dérange souvent ce à quoi nous ne sommes pas habitués. Mais en quoi cela les a-t-il génés pour comprendre ce que disait cette femme ? En rien. D’ailleurs, quand la TV interroge des témoins -dont on voit le visage- il y a toujours un sous-titre pour donner la quallité en vertu de laquelle ce témoin est entendu : X, voisin de…, Y, rescapé de …., Z, président (ou membre) de ….

Cela montre bien que, si on ne connait pas une personne, il faut la définir fût-ce brièvement et d’un seul point de vue, ce qu’un visage ne fait pas mais que si on la connait, on n’a pas besoin de son visage pour savoir qui elle est. La voix suffit largement.

Aucun des ces arguments n’est pertinent et c’est même malhonnête intellectuellement que de se cacher derrière la sécurité ou les respect pour réglementer les vêtements quand ces vêtements ne sont portés que par des femmes. Même si les juristes sont capables de les définir sans leur donner le moindre sexe ! 

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2 commentaires leave one →
  1. marion permalink
    20 janvier 2010 09:37

    Bonjour,
    (et bonne année il me semble!)

    Après avoir lu votre article bien tourné, j’en ai trouvé un pas mal ce matin, que je vous laisse en lien (http://blog.slate.fr/chasseur-d-etrange/2010/01/19/y-a-t-il-des-soldes-sur-le-voile-integral/).
    Il fait notamment un parallèle avec l’image qu’on peut avoir des religieuses auquel je n’aurait pas pensé.

    Je respecte tout à fait le libre choix de chacun à se vêtir comme il le souhaite (bien qu’on ne soit pas encore autorisé de se promener tout nu en ville quel dommage). Mais de même que je préfère parler aux gens en tête à tête qu’au téléphone, je préfère aussi voir le visage de la personne qui est en face.
    Sinon, la pudeur se double d’une totale absence de communication non verbale, qui constitue pourtant la majeure partie d’un discours. C’est difficile de savoir qu’une amie va bien (ou pas) sans pouvoir voir son visage !

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    1 février 2010 20:47

    Je n’avais pas répondu à votre commentaire, mais comme je réfléchis de nouveau à un post sur ce sujet, je me relis et je relis les commentaires.

    Je comprends parfaitement votre point de vue : vous préférez parler à des personnes dont vous voyez le visage. OK : il vous suffit de ne pas leur parler. Du point de vue de ces femmes, je ne suis pas certaine que ne pas vous parler, soit un argument suffisant pour leur faire retirer leur voile.

    C’est votre choix et il est tout autant légitime que le leur.

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