Skip to content

Protéger ou construire ? Interdire ou empêcher ?

9 janvier 2010

Les parents d’aujourd’hui, enfin depuis une vingtaine d’années, n’éduquent plus leurs enfants.

Exemple type du manque d'autorité

A l’image de notre société et de notre droit, ils n’interdisent même plus : ils mettent des barrières, ils empêchent. Quand j’étais petite, dans les bus et dans les trains, les fenêtres s’ouvraient et il était écrit en plusieurs langues : « il est interdit de se pencher, e pericolo sporgesi… ». C’était à chacun de se gendarmer et de ne pas sortir la tête quand la fenêtre était ouverte, mais au moins on pouvait avoir de l’air.  Il y avait bien sur des abrutis qui sortaient le bras et même certains qui le perdaient. Mais alors, on estimait que c’était de leur faute, pui est venu le temps où c’était la faute de la SNCF. Pas folle, les fenêtres ne s’ouvrent plus ! Lorsque la climatisation n’a pas suivi, il existe un fenestron qui s’entrebaille, juste sous le plafond de sorte qu’on ne puisse même pas y glisser un auriculaire !

Partant du même principe, aujourd’hui pour nombre d’adultes, tout ce qui est possible est devenu bien, ou au moins sans risque. Je peux emprunter, donc j’emprunte. Je peux prendre, donc ce n’est pas du vol : et pourtant le téléchargement pirate, c’est quand même voler des droits aux auteurs des oeuvres…

Pour les enfants, sur le même principe, on met  des protèges berceaux aux berceaux, des boules de mousse aux coins des tables, des entrebailleurs aux fenêtres, des bouchons que même un adulte normal n’arrive pas à ouvrir… Vous en trouverez d’autres.

On maintient nos enfants dans l’enfance. On ne parle pas des choses qui fâchent : la mort, le sexe, le malheur. On ne les habitue pas aux ennuis, aux difficultés, aux drames. On les protège de tout, y compris de ce qui n’est pas grave : attraper un bleu, un rhume, se couper n’est pas grave. Avoir froid, ce n’est pas grave, c’est désagréable. Toutes ces choses sont des ennuis, elles ne tuent pas.

On ne responsabilise pas nos enfants : les parents surveillent que leurs enfants font leurs devoirs, voire font leurs devoirs avec eux, préparent bien leurs cartables… Les notes (pas trop quand même – ça pourrait les traumatiser) ne sont pas celles des enfants, ce sont celles que les parents ont réussi à faire obtenir à leurs enfants. Bref, nos enfants sont sous surveillance permanente et n’ont plus de punitions scolaires parce que leurs devoirs ne sont pas faits, ils n’ont plus aucune chance de devenir autonomes ou responsables : on ne les laisse pas rater, se tromper, commettre des erreurs. On leur balise tout. Ce n’est pas que les parents ne doivent pas aider les enfants : ils doivent les aider autrement.

Le devoir des parents est de laisser les enfants faire des « bêtises » sous leur surveillance pour qu’ils puissent intervenir pour éviter les bêtises graves. Le devoir des parents n’est pas d’empêcher les petites bêtises, mais de laisser les enfants en supporter les conséquences. C’est en tombant que les petits apprennent l’équilibre. C’est en se relevant seuls qu’ils apprenent que tomber n’est pas grave et qu’il suffit de se relever, qu’on peut refaire quelque chose  pour le réussir. Et une mère qui relève son petit et le caline parce qu’il pleure ne lui rend certainement pas service.

Par exemple, si un enfant ne met pas son écharpe mais n’attrape pas froid, c’est que l’écharpe est inutile et le parent doit renoncer à emm… et l’enfant et lui-même avec cette fichue écharpe. S’il attrape froid, il faut lui expliquer qu’il est malade à cause de l’écharpe qu’il a oubliée et le laisser se débrouiller ensuite avec son écharpe ou sa maladie.

Il faut expliquer, prévenir, fixer des objectifs, menacer de sanctions si les objectifs ne sont pas atteints, offrir des récompenses adpatées si les objectifs sont atteints et tenir les promesses.  Par exemple, punir à moins de 8/20 et donner une récompense à plus de 12/20. Et laisser l’enfant gérer. Mais il faut commencer très tôt avec des punitions et des récompenses adaptées à l’âge. Il faut aussi savoir trier les objectifs : tout n’est pas égal à tout !

L’essentiel de l’éducation doit se faire avant 10 ans. Après 10 ans, on affine, on détaille.

L’éducation, c’est non seulement des explications mais aussi la partie à laquelle on ne fait jamais assez attention : le modèle insconscient que les parents donnent. Comment apprendre à ses enfants à respecter les règles alors que les parents ne respectent pas les limitations de vitesse et hurlent quand ils se font prendre aux radars ? L’enfant apprend qu’une règle, c’est quelque chose à tourner et qu’en plus, les règles sociales sont idiotes et contestables ! Comment apprendre l’honnêteté à ses enfants quand Maman emmène l’enfant chez le médecin et se fait prescrire aussi de l’aspirine et tel autre médicament pour être remboursée, sans réel besoin, mais uniquement pour faire payer par d’autres sa consommation de confort ?

L’objectif de l’éducation, ce n’est pas polytechnique (ou l’ENA, ou équivalent), ce n’est pas ne se marier qu’à 30 ans, ce n’est pas n’avoir des enfants que tous les 3 ou 4 ans à partir de 35 ans, ce n’est pas changer d’homme ou de femme comme de Tshirts !

L’objectif de l’éducation, c’est apprendre à faire la différence entre les ennuis et les catastrophes et à vivre en dépit de tout cela. Les ennuis surmontés seuls sont structurants.

Pour les catastrophes, enfant ou adulte, on a besoin d’aide ou de force. D’aide pour surmonter la catastrophe ou de force pour survivre. Mais la force commence à s’apprendre dès le plus jeune âge : c’est la chute à la suite de laquelle on se relève, c’est l’effort qui entraîne une récompense (câlin de maman, cadeau, argent ou satisfaction personnelle) et c’est grâce à ces expériences renouvelées qu’on acquiert la force pour résister aux vrais ennuis : chagrins d’amour, pertes d’êtres chers, maladies graves.

Car on aura beau dire (ou rêver), nous devons tous affronter chagrins d’amour, pertes d’êtres chers, maladies graves et sa propre mort.  D’autres doivent affronter en plus handicap, maladies permanentes, difficultés financières…

Tout le reste n’est que du décor. C’est certes le décor qui peut rendre la vie agréable : bon job, savoir-vivre (politesse, goût, élégance …), mais ce n’est possible que si l’on sait surmonter les catastrophes.

 

 

Publicités
4 commentaires leave one →
  1. 11 janvier 2010 09:55

    Je différencierais quand même le préventif de l’éducation. Un enfant de 6 ans ne peut pas savoir s’il doit ou non mettre son écharpe s’il fait froid, c’est inutile de lui faire courir le risque de tomber malade pour lui expliquer ensuite « qu’il aurait dû… » Lui apprendre à tomber, à se relever, c’est important, rendre les petits bleus ou petits bobos moins graves, c’est essentiel, mais ça n’empêche quand même pas le « câlin consolateur », parce qu’il pleure ou a mal. Ce n’est pas parce qu’on l’embrasse et le câline qu’on ne peut pas lui expliquer qu’il faut qu’il fasse attention. Et s’il re-trébuche, eh bien cette fois, peut-être, non pas refuser de le câliner, mais hausser le ton 😉
    Je suis entièrement d’accord avec ce qui s’appelle actuellement le principe de précaution: comme je l’ai entendu ce matin à la radio, à force de poser ce principe partout, on enferme les gens dans un cocon, on les empêche de faire des expériences. Et ça se reporte sur les enfants. Mais, à la différence de votre billet, je nuancerais un peu plus, même si je suis assez partisane de l’éducation responsabilisante. Cela dit, je ne suis pas maman non plus, donc plus difficile pour moi de m’exprimer 😉

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    11 janvier 2010 21:19

    C’est tout l’art du câlin consolateur : consoler quand il faut seulement, pas uniquement parce que petit bobo ou petit chagrin. Consoler pour vrai chagrin, pas pour petits désagréments.

  3. Tony permalink
    14 septembre 2010 10:29

    très intéressant 🙂 Merci

Trackbacks

  1. Et si nos enfants étaient différents de nous ? « Pourquoi se compliquer la vie ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :