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La dignité humaine

11 novembre 2009

Il y a deux jours, j’ai moi aussi, annoncé la discussion à l’Assemblée nationale de la proposition de loi socialiste sur l’euthanasie.

Contre l’euthanasie, je n’ai alors fait état que d’un seul argument : le fait qu’un avis soit très partagé par une société ne peut pas être un argument pour ou contre une loi.

Les personnes favorables à l’euthanasie avancent souvent essentiellement trois arguments : la dignité humaine, la liberté des malades et enfin la morale sociale.

Peu à peu, je reprendrai ces trois arguments dont aucun ne me convainc.

La dignité humaine d’abord.

Selon les personnes qui entendent promouvoir l’euthanasie, la souffrance et la douleur retireraient leur dignité aux malades.

Pourquoi ?

Si la souffrance et la douleur retirent la dignité à l’homme, on peut donc a contrario en déduire que l’homme n’est digne qu’heureux et en bonne santé. Les stars d’Hollywood vues par la presse pipole, quoi. On sent bien que cette raison n’est pas vraie. D’aucuns me diront que j’exagère avec mon exemple de stars. D’abord, je n’exagère pas plus que les pro euthanasie qui utilisent des exemples extrèmes et surtout très émouvants pour faire valoir leur point de vue.

Selon eux, la dignité humaine est atteinte dès lors que :

  • la maladie est perçue comme une dégradation inacceptable par le patient car elle peut entraîner des altérations des facultés psychiques (raison et volonté en particulier) sur lesquelles reposent les valeurs morales de l’Occident ;
  • le malade est dans une dépendance très importante ou totale de l’aide d’autrui
  • le malade a un sentiment d’inutilité sociale.

Peut-être, mais ce ne sera pas une raison suffisante pour justifier l’euthanasie.

1 – L’altération des facultés psychiques (raison et volonté) ne suffisent pas à rendre une personne indigne : ou alors  les hopitaux psychiatriques sont remplis de gens qui ont perdu la raison indignes ; ou alors on  considère que les ivrognes et les drogués qui ont,  à la suite de leur addiction, une volonté altérée, sont indignes. Ou qu’à défaut d’être indignes,  la dignité humaine est atteinte en eux, ce qui est finalement la même chose, mais dite autrement. Et on pourrait les euthanasier ? 

Il serait vain de répondre que l’altération résultant d’une maladie  n’est que la conséquence de la maladie , en tant qu’accident de vie, et qu’avant cette maladie subie et ni voulue ni recherchée, les malades avaient raison et volonté. Oui, mais les ivrognes aussi avaient une volonté libre avant de devenir ivrognes et  les maladies mentales ne résultent pas d’une volonté des malades. 

La dignité humaine ne peut donc dépendre ni de la maladie ni d’un psychisme ? normal ? équilibré ? Ce qui justifie souvent l’euthanasie dans ce cas, est la perception par le malade de sa propre indignité ? Mais cette perception est éminemment sociale, culturelle et historique : il perçoit son indignité comme étant une différence avec la majorité de ce qui l’entoure.

elder_abuse2 – La dignité résulterait de l’indépendance. Par indépendance, il faut bien évidemment entendre indépendance dans les tâches matérielles de base :  s’habiller, se nourrir, faire ce qui suit (solide ou liquide) plus ou moins rapidement toute ingestion. Donc la dignité de l’homme tiendrait au fait qu’il puisse ou non uriner seul ? Dit ainsi, on sent bien à quel point la dignité  ne peut tenir au pipi et au caca ! C’est vrai que passées nos premières années de vie, nous avons tous et toutes pris l’habitude d’assumer seuls ces nécessités mais ce ne peut être cette autonomie qui fait de nous des hommes dignes.

Au delà de cette boutade, c’est vrai que le manque d’indépendance peut être ennuyeux et extrèmement désagréable : ne pas pouvoir tourner seul les pages d’un livre ou d’une revue, de ne pouvoir zapper seul les chaînes de télévision, d’être effectivement soumis à l’aide d’un tiers pour pouvoir s’occuper, se distraire, parler….

Mais cela ne retire aucune dignité à celui qui souffre tout cela. Bien au contraire. Ces circonstances sont aussi un moyen de donner un plus de dignité à ceux qui acceptent d’aider ceux qui ont besoin d’aide. Ceux qui manquent de dignité, d’humanité, ce sont ceux qui refusent de voir la souffrance des autres, ceux que la souffrance gêne, ceux que la vieillesse gêne, ceux que la laideur gêne, ceux que la fin de vie de leurs proches gêne, ceux que visiter leurs prôches dans les hopitaux gêne, ceux qui ont laissé mourrir leurs vieux, seuls, pendant la canicule.

C’est facile de se croire digne quand on est beau, jeune et riche. Mais la dignité ne peut pas être là. Ce ne sont que de séduisantes apparences.

Une société digne, c’est une société qui décide que tous ses bâtiments, ses transports publics, doivent être accessibles en fauteuil roulant et pas une société qui décide que c’est trop cher ou trop compliqué. Une société digne, c’est une société qui encourage ses membres forts à aider les plus faibles, une société qui ne se contente pas de la « solidarité nationale » qui permet à chacun de se donner une bonne raison pour s’éviter les contrainte d’une solidarité avec ses proches, familiaux, affectifs, ou simplement de voisinnage…

3 – Le malade aurait un sentiment d’inutilité sociale.

Je viens d’écrire qu’un malade peut donner une utillité sociale à d’autres. Au delà ce ça, quelle est l’utilité sociale des criminels ? Quelle est celle des ivrognes ? Quelle est celle des malades mentaux ? Quelle est l’utilité sociale des très vieux, des vieux, des retraités pauvres ? Parce que les retraités riches, on peut toujours se raconter que leurs dépenses servent l’économie. Mais les retraités pauvres, ceux qui coûtent en aides sociales diverses et en soins onéreux, plus qu’il n’ont jamais rapporté ?

Là encore, la réponse de ceux qui prônent la légalisation de l’euthanasie, réside dans le sentiment qu’a le malade de sa propre et prétendue inutilité. Mais, je ne crois pas que le ressenti soit nécessairement vrai. De même que la peur ne signifie nullement l’arrivée certaine de l’événement craint, le ressenti est sans lien automatique avec la réalité.

Et puis quelle est la valeur d’une société qui mesure la valeur de ses membres à leur utilité sociale ? Une société communiste ? Une société nazie ?

C’est en tous cas une société dans laquelle je ne veux pas vivre : je ne veux pas vivre dans une société qui liquidera ses vieux, parce qu’ils ne servent plus à rien, ses malades parce qu’il coûtent cher, etc.

Les socialistes à l’origine de la proposition de loi que je critique feront valoir qu’ils ont veillé dans leurs articles à faire état de la volonté affirmée du malade d’être tué et de la vérification par 4 médecins de la réalité de cette volonté. Tu parles !

Mais, ce n’est que le début.

C’est aussi avec ce genre de législation que d’autres pays européens ont commencé l’euthanasie légale.

Et aujourd’hui en Suisse, 7 malades sur 10 en fin de vie sont euthanasiés, il y a un scandale car on n’euthanasie plus seulement les malades incurables, mais aussi des gens dépressifs et que des associations militent pour que l’euthanasie soit étendue aux malades mentaux.

En Belgique, on débat sur l’euthanasie d’enfants, demandée par les parents ! Aujourd’hui, l’ONU est contrainte d’épingler les Pays Bas qui euthanasient vraiment trop !

Et faut-il rappeler que les pays qui connaissaient l’esclavage (Rome ou la Grèce antique par exemple) pratiquaient l’euthanasie, pas sur les esclaves qu’il suffisait de tuer, mais sur leurs propres citoyens !

Alors, indépendemment de cette dignité dont le viol allégué sert de prétexte, cette question est celle de la limite : à partir de quand des souffrances seront-elles estimées injustifiables ? à partir de quand une vie ne vaudra-t-elle plus rien ? à partir de combien un traitement offrira-t-il un trop faible rapport coût/qualité ? Pour qui le même traitement vaudra-t-il le coup et pour qui sera-t-il trop onéreux ? Des maisons de retraite en Hollande ont décidé de ne pas réanimer leurs pensionnaires de plus de 70 ans, sauf si la famille le demande expressément et après avoir bien compris qu’après 70 ans, la qualité de vie des patients réanimés est détériorée !

La seule limite qui puisse être admise parce qu’elle est la seule certaine, immuable, ne dépendant ni des sentiments, ni de la culture, ni de l’économie, ni de la politique, ni de quoi que ce soit de contingent, de géographique ou d’historique est qu’une société ne doit pas donner la mort.

La société ne doit pas, d’une manière ou d’une autre autoriser quiconque à donner la mort, autrement qu’en légitime défense. Que la mesure de la peine dépende des circonstances me parait légitime. Qu’un médecin qui a estimé en son âme et conscience que la mort valait mieux pour tel patient que de continuer à vivre, soit moins condamné que celui qui bourré a pris une voiture et tué une mère et ses enfants, me parait normal.

Mais l’âme et la conscience du médecin auront plus d’acuité s’il sait qu’il risque les tribunaux que s’il sait qu’il ne court lui même aucun risque.

Et puis, et ce n’est pas rien, comment avoir confiance en un médecin qui s’habitue, non pas à éviter la mort de ses malades mais à la leur donner ?

Et puis quels seront les progrès de la médecine. Si on soigne aujourd’hui autant de cancers, c’est bien parce qu’avant on voulait à toute force guérir le cancer et non pas tuer ceux qui souffraient du cancer.

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7 commentaires leave one →
  1. pmrb permalink
    11 novembre 2009 11:55

    Puis-je vous demander de vous relire, s’il le faut après que votre émotivité ait retombé, avant de publier? Les propos excessifs, comme les 6 derniers mots de votre intervention, nuisent à notre cause.

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    11 novembre 2009 15:22

    Cet article a été longuement mûri, fait et refait.
    Je vous remercie d’ailleurs de n’y trouver à redire que sur les six derniers mots.

  3. 12 novembre 2009 14:14

    Mon avis est entre les deux:
    je ne suis pas contre l’euthanasie, mais je suis plutôt contre sa légalisation.
    Depuis longtemps, les médecins, en France ou ailleurs, « laissent mourir » certains patients en fin de vie, qui souffrent le martyre et ne peuvent plus guérir, sans recourir au mot « euthanasie ». C’est une sorte d’euthanasie officieuse, que je considère nécessaire dans bien des cas.
    En revanche, l’officialiser, l’institutionnaliser, laisse, à mon avis, libre cours à bien trop d’abus, comme ceux que vous citez en Suisse, au Pays-Bas.
    C’est un sujet très difficile, pour lequel il me parait très compliqué de savoir si l’on doit être pour ou contre…

  4. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    12 novembre 2009 18:08

    En fait, Marine, je suis totalement d’accord avec vous. L’euthanasie doit rester interdite.

    Après, si des juges décident qu’une infirmière n’a pas à passer le restant de ses jours en prison, c’est justement à cela que servent les juges : à apprécier comment appliquer une peine prévue par une loi.

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