Skip to content

Les vieux, les tuer ou les forcer à vivre ?

10 août 2012

Un blog, manifestement plus lu que le mien, celui de Michèle Delaunay (mais c’est normal, elle est ministre, elle) vient de faire un sujet d’actualité pour la semaine : les suicides de vieux.

Le vieux, vous l’aurez noté est un sujet saisonnier : l’hiver le vieux meurt de la grippe, l’été le vieux meurt de la chaleur (2003) de tristesse, d’isolement, de manque de soins dans les hôpitaux qui manquent eux de personnel, vacances obligent. Donc, le vieux meurt et ça, ce n’est pas bien, surtout pendant les vacances.

Donc, notre gouvernement, grâces lui soient faites va faire quelque chose, bientôt, pour arrêter ça. Évidemment comme tout gouvernement en temps de crise, résoudre ce problème, c’est-à-dire empêcher le vieux de se suicider, signifie dépenser plus d’argent et faire une loi (ça au moins ne coûte pas cher) probablement pour interdire au vieux de se suicider.

J’exagère certainement, enfin j’espère.

J’espère aussi que Madame Delaunay qui est faut-il le rappeler, ministre déléguée chargée des personnes âgées, pense tout ce qu’elle a écrit dans ce post car elle y dit aussi :

Que nous en sommes tous comptables : proches à tous les titres de proximité possible, parents, pouvoirs publics. Ces derniers, à la fois en priorité pour tout ce qui est en leur pouvoir, et bien impuissants quand on sait que ce sont les dernières heures qui emportent  la décision.

Et Le Nouvel Observateur qui a interviewé une psychanalyste et un psychiatre ajoute même :

On constate pourtant "une certaine banalisation du suicide des personnes âgées", relève la psychanalyste Marguerite Charazac-Brunel. "A court terme, la société considère que cela fait faire des économies à la sécurité sociale", juge-t-elle.

Pour elle, les questionnements autour d’une éventuelle légalisation de l’euthanasie participent d’ailleurs de cette "banalisation" de la mort chez les personnes âgées.

"Le suicide des personnes âgées a tendance à être banalisé, comme si c’était normal de se suicider quand on est vieux", abonde le psychiatre Jean-Jacques Chavagnat. Or "c’est un problème de santé publique et il faut pouvoir le traiter au mieux", juge-t-il. Savoir diagnostiquer correctement un syndrome dépressif et repérer "les facteurs de risque" susceptibles de conduire à un passage à l’acte sont essentiels, selon lui.

Ces facteurs sont nombreux: "toutes les pertes subies par une personne âgée peuvent la fragiliser", explique Marguerite Charazac-Brunel: "perte d’autonomie, pertes sensorielles, deuil, séparation avec des membres de la famille".

"La dégradation physique, l’apparition de troubles liés à l’âge, le départ en retraite ou le sentiment d’isolement social", sont autant d’éléments pouvant conduire au suicide, souligne aussi Jean-Jacques Chavagnat.

Faudrait quand même savoir si le suicide est un problème de santé publique et on fait des efforts pour lutter contre les suicides ou une solution de santé publique et d’économies publiques et on autorise le suicide médicalement assisté. Bref, les malades et les vieux, on les soigne ou on les tue. Moi, je préfère nettement un monde qui soigne à un monde qui tue, vous l’aurez deviné.

En fait, ces vieux qui se tuent nous mettent évidemment face à nos égoïsmes à l’égard de nos ainés, de ceux qui nous ennuient, de ceux qui pour de bonnes ou de mauvaises raison sont un poids pour nous. Ces vieux qui se tuent nous mettent aussi face à l’euthanasie et aux contradictions intrinsèques de l’argumentaire de ses partisans.

Nos égoïsmes ?Le mien d’abord. Ah mais moi, je suis quelqu’un de bien : je passe toutes mes vacances avec mes parents, non mais! Je n’envisage pas de les mettre dans une maison de retraite et même j’envisage de passer ma retraite avec eux. Ben oui, la médecine fait d’énormes progrès et cette perspective est plus que probable. Ce qui est vrai pour moi l’est encore plus pour ceux qui sont plus jeunes que moi. Préparez-vous les jeunes ! J’en connais qui râlent déjà contre les baby boomers (vous savez, ceux d’avant encore avant la génération Y ;)) qui prennent et gardent les chameaux toute la/les place/s, partout.

Mais ma voisine du dessous ? Je ne m’occupe pas d’elle. Faut dire qu’elle est moins aimable qu’une porte de prison vue de l’intérieur, jamais ni bonjour ni bonsoir, jamais un sourire, elle bugnerait ma voiture pour être certaine de sortir du parking avant moi et elle se dépêche aussi de prendre l’ascenseur pour ne pas avoir à le partager avec moi ! Bref, une femme vraiment agréable. Tellement agréable que sa famille vient la voir deux fois l’an, maximum. Et moi, je n’y vais pas du tout.

C’est vrai que la vieillesse exaspère les qualités et les défauts de chacun et qu’un abruti adulte devient vraiment pénible en prenant de l’âge et que tel autre agréable à vivre jeune le reste en vieillissant : c’est probablement ce qui explique que certains vieux restent entourés et que d’autres ont réussi à cultiver  et conserver une solitude qui les mène à l’isolement. Probablement que si elle était agréable, ma voisine ne serait pas si seule. Probablement que sa solitude d’aujourd’hui est la conséquence de son propre égoïsme passé.

Est-ce suffisant pour que je continue d’ignorer ma voisine ? Je ne sais mais pour ma tranquillité d’esprit, j’espère qu’elle mourra avant de se suicider. Il y a belle lurette que je sais que je ne tiens pas mes bonnes résolutions de rentrée et je n’en prends même plus.

L’égoïsme de toutes celles et ceux qui ont les meilleures raisons du monde pour placer leurs vieux dans des maisons de retraite, pas de place, trop de travail, elle est tellement bien cette maison de retraite, la directrice est si dévouée, etc.

L’euthanasie :  les partisans de l’euthanasie invoquent le droit de mourir dans la dignité. Personnellement, je préfère que la lutte soit menée pour le droit de VIVRE dans la dignité mais passons.

Pour les partisans de l’euthanasie, c’est chacun d’entre nous qui choisit quand il veut mourir et pourquoi. Leur slogan : Ne nous laissons pas voler notre Ultime Liberté.

Mais je ne suis pas d’accord, ce n’est pas une liberté, c’est même tout le contraire d’une liberté justement parce qu’on est sous la pression de tant de choses. Pour ne parler que des suicides de nos aînés, Madame Delaunay et les professionnels que j’ai cité plus haut en ont déjà dénoncé un certain nombre : syndrome dépressif, isolement, sentiment d’inutilité, pertes sensorielles, perte d’autonomie, maladies, douleurs, deuils (et plus on avance en âge, plus on a perdu de proches), etc.

Pour les malades plus jeunes, ceux qui souffrent de maladies incurables ou invalidantes irréversibles, les pressions sont, en plus de la souffrance physique, la souffrance psychologique des bouleversements vécus trop tôt que la maladie impose dans ce cas : arrêt du travail, arrêt de la vie sociale d’avant, poids que l’on peut craindre d’être pour ses proches, pour la société …. Je veux ajouter comme Madame Charazac-Brunel et Monsieur Chavagnat la banalisation du suicide par les questionnements autour de l’euthanasie, par le coût social des soins.

Mais justement ce sont toutes ces pressions qui retirent la liberté ! Et comme le dit Madame Delaunay, ce sont les dernières heures qui sont déterminantes ! Mais une fois qu’on est mort, on ne peut plus changer d’avis.

Bien sûr que la souffrance peut être atroce mais justement, pire elle est, plus elle annihile la liberté ! Pourquoi croyez-vous que l’homme a inventé la torture : c’est justement pour faire dire à quelqu’un ce qu’il ne VEUT pas dire. La torture marche et se perpétue parce que la formule sévices + peur des sévices + imagination de pires sévices + la conviction que cela ne s’arrêtera qu’en renonçant à ses propres choix conduit les torturés à être prêt à tout pour que cela s’arrête et donc justement à renoncer à leur choix antérieur.

Aujourd’hui on reconnaît toute une série de pressions qui modifieraient le comportement de chacun de  nous : les publicités, les bons vendeurs et d’ailleurs le Code de la consommation a créé un délai de rétractation, la pression sociale qui différencierait les sexes, la pression sociale du choix des vêtements et ces pressions sont mêmes utilisées délibérément par les gouvernements (Cinq fruits ou légumes, Boire ou conduire, Fumer tue écris-je une cigarette au bec) par les candidats politiques (Travailler + pour gagner + ou encore La rigueur n’empêche pas la croissance).

Les partisans de l’euthanasie refusent de reconnaître que la souffrance annihile la liberté tout en manipulant la souffrance des autres pour faire avancer leurs idées dans l’opinion.

Il faut lire à ce sujet l’enquête faite par Monsieur Tugdual Derville sur sept des affaires dites d’euthanasie qui ont ému les français ces dernières années : La Bataille de l’euthanasie. Il démonte les rouages médiatiques et les manipulations de l’opinion. De la souffrance certes mais tellement de déséquilibres psychologiques voire psychiatriques même avant d’être malade ou soignant. Des infirmières meurtrières qui décident seules qui doit vivre ou mourir, ou qui croient lire dans le regard des proches que le malade veut mourir (?!?), des patients qui se soigneraient au jus de plumes de canard plutôt que d’aller voir des médecins, des mères qui s’approprient leurs enfants, etc.

Pour ceux qui veulent réfléchir sur la question de l’euthanasie, ce livre est indispensable pour décrypter la communication associée à ce problème. C’est évident que la souffrance des autres nous émeut dès qu’on n’est pas une ordure insensible, ne serait-ce que par ce qu’on s’y projette ! Mais justement, il est important de connaître la réalité pour garder son libre arbitre, sa liberté de penser, sa liberté tout court.

La souffrance, c’est dur, c’est atroce, c’est horrible. Mais tuer ou laisser mourir ceux qui souffrent n’est pas une solution : c’est un échec ! Même quand ceux-là croient qu’ils le veulent ! Alors merci à Madame Delaunay qui veut chercher des solutions pour nos aînés. J’aimerais qu’elle veuille aussi chercher des solutions pour remplacer l’euthanasie.

Pour ceux qui souffrent, pour ceux qui doivent regarder souffrir une personne aimée, il existe des aides, des soins palliatifs, et sur internet des blogs, des associations :

  • Sos fin de vie né d’un groupe de soignants et de soignés désireux de favoriser ensemble les repères de la confiance autour des personnes en fin de vie qui a choisi de développer, par Internet, un service de référence pour toutes les questions liées à la fin de la vie : témoignages, conseils, adresses et liens utiles, aide personnalisée…
  • Alliance Vita qui s’est fixé deux objectifs : l’aide aux personnes confrontées aux épreuves de la vie et la sensibilisation du public et des décideurs à la protection de la vie humaine.
  • et toutes les associations que je ne connais pas mais que j’indiquerai ici si vous, lecteurs, me les faites connaître.

PS : sur l’euthanasie, j’ai aussi écrit ça, puis ça, encore ça et surtout ça qui montre que même légume, on aime encore.

About these ads
6 Commentaires leave one →
  1. masrwatouness permalink
    10 août 2012 09:52

    Cela fait froid dans le dos de voir qu’une communication habile a réussi, selon les sondages, à amener plus de 90% des Français à se prononcer favorablement pour l’euthanasie. C’est simple, aucune cause ne suscite autant d’adhésion, même des causes évidentes qui devraient en appeler à notre humanité la plus basique comme l’éradication de la pauvreté, les violences faites au femmes, etc.

    La quasi-totalité de la population utilisera l’expression éculée "le droit de mourir dans la dignité", signe que c’est une expression qu’on leur a appris à adopter. Ce sont des mots que l’on a mis dans la bouche des gens et qui maintenant les répètent comme s’ils étaient leurs.

    Si plus de gens parlaient de l’euthanasie avec leurs propres opinions, en choisissant leur propres mots, je me dirais que c’est réellement un choix… mais tout le monde répète cette expression de "mourir dans la dignité" sans même s’arrêter un instant à l’énormité qu’elle recouvre: en s’euthanasiant on recouvrerait une dignité, cela veut donc dire qu’on aurait perdu cette dignité en faisant face à la maladie et la souffrance? La dignité "retrouvée" dont on parle, s’agit-elle bien de celle du souffrant ou de celle de ses proches qui n’en peuvent plus d’être forcés de se regarder dans ce miroir du temps?

  2. pourquoisecompliquerlavie permalink*
    10 août 2012 13:10

    @marswatourness

    Oui, c’est exactement cela !

    Sans s’en rendre compte, on admet ainsi qu’il n’y a de dignité que pour les jeunes, beaux, riches et bien portants. Que l’ont est digne qui si on pisse debout, que si l’on n’a pas besoin d’autrui, que si on est "autonome". Comme si l’homme n’était pas un animal social …

    Et donc, les fragiles, quelle que soit la cause de la fragilité sont indignes. Que ce qui est difficile doit être éradiqué : les efforts, la souffrance, la peine que l’on peut ressentir à regarder un proche souffrir.

  3. masrwatouness permalink
    10 août 2012 13:53

    dans le débat sur l’euthanasie on ne se pose pas assez non plus la question de l’impact philosophique profond de l’altération de notre rapport à la mort. Le fait que la mort n’est pas dominée, qu’elle puisse survenir à n’importe quel instant, qu’elle restera toujours cette limite qui nous échappe, c’est cela aussi qui fait que l’homme a cherché à voir au-delà de la matière, à donner du sens aux choses, à développer des concepts tels que le "Carpe Diem" (à ne pas confondre avec le consumérisme bête et sans âme de notre époque).

    Le jour où la mort devient un évènement qu’on programme à l’avance sur un calendrier, un plan qu’on déclenche au -delà d’un certain seuil de tolérabilité, on commencera à entretenir avec la mort, et donc la vie, un rapport "matériel". "Mourir" (et donc vivre) ne sera plus qu’une affaire de piqure au bon moment, de bon dosage de sédatifs, de signature d’un répondant légal. Est-on prêt à cela? Je ne le pense pas et ne l’espère pas.

Trackbacks

  1. Les vieux, les tuer ou les forcer à vivre ? | web by Lemessin | Scoop.it
  2. Revue de Presse : 15 août, 15 août, 15 août,… et le reste ! « Lemessin
  3. Les vieux, les tuer ou les forcer à vivre ? | Voir et prier | Scoop.it

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 31 autres abonnés

%d bloggers like this: