Elisabeth Badinter, féministe ou pas ?
Elisabeth Badinter, née Bleustein-Blanchet est l’une des rares femmes qui préside un conseil de surveillance d’une grande entreprise, Publicis. Parce qu’elle a hérité. Marcel Bleustein Blanchet n’a eu que des filles, donc il était normal que ce soit une fille qui prenne la présidence de ce conseil. Ce n’est donc même pas par un féminisme la poussant à montrer que les femmes peuvent le faire, mais parce qu’elle est née avec une cuiller d’argent à la bouche, et qu’elle n’avait pas de frère, qu’elle a cette fonction.
Elle a eu trois enfants, probablement sans le faire exprès et en tout cas avec légèreté pour reprendre son expression.
Elle s’intitule féministe et nombre de féministes la contestent. Dont moi.
Il y a probablement autant de féminismes que de femmes mais on peut quand même classer les féministes en trois sortes :
- celles qui pensent, comme Elisabeth Badinter, que hommes et femmes sont pareils, c’est-à-dire semblables, identiques, égaux par similitude
- celles qui pensent, à la suite de Cécile Renooz que les femmes sont supérieures aux hommes, que le principe féminin est spirituel, guidé par des sentiments et des intuitions élevés, alors que le principe masculin, uniquement sensuel, est esclave de ses pulsions. Dès lors, il appartient aux femmes de diriger l’humanité pour la sauver.
- celles qui pensent (comme moi) qu’hommes et femmes sont différents, ce qui ne signifie pas un inférieur et un supérieur, et que la prééminence d’un sexe sur l’autre est mauvaise pour les deux sexes.
A la suite, il ya bien entendu des militantes, Chiennes de garde, Ni Putes ni soumises, Planning familial, Prochoix, La Meute, Du Côté des filles, Fierté lesbienne, SOS-violences sexuelles, etc. Elles se situent sur l’une ou l’autre de ces tendances et le lien que j’ai mis en donne une liste très complète selon les sujets de prédilection de ces mouvements, organismes et associations.
Elisabeth Badinter est une brillante intellectuelle. Par là j’entends qu’elle trouvera toujours le moyen de démontrer ce qu’elle veut démontrer, que ce soit vrai ou faux.
C’est comme cela, toujours dans l’idée qu’hommes et femmes sont pareils et pour mettre dans le même sac la fonction procréatrice de l’homme et de la femme, elle a voulu démontrer que ce qu’on appelait “instinct maternel” était une création culturelle et non pas une réalité physiologique. C’était dans L’amour en plus : histoire de l’amour maternel. A la suite de Simone de Beauvoir, elle démontre que c’est la société machiste judéo-chrétienne qui crée la mère par confinement des femmes dans ce rôle et qu’il n’y a donc en réalité aucun fondement naturel et biologique pour expliquer le comportement maternel.
A ceux qui lui objectent que toutes les femelles mamifères ont un instinct maternel qui fait qu’elles nourrissent, surveillent et éduquent leurs petits, elle rétorque que la femme n’est pas un chimpanzé ! On peut parfois se dire que c’est peut être dommage
, sous le lien un post très drôle de Nous les primates.
Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue et primatologue, membre de l’Académie des Sciences explique au contraire
La réalité c’est qu’au cours de la grossesse, se met en place une chaîne de changements physiologiques considérables et qu’à la naissance, des neurotransmetteurs comme l’ocytocine sont libérés, qui favorisent la transformation de la mère. Si elle se trouve dans un contact intime et prolongé avec ce petit étranger sorti d’elle, ses circuits neuronaux se modifient et l’encouragent à répondre aux signaux et aux demandes émis par son enfant. Une fois que la mère commence à allaiter (dans les 70 heures environ suivant la naissance) et que le bébé stimule ses tétons, elle devient encore plus nourricière.
L’expérience aussi joue un rôle important pour «l’apprentissage de mère», comme c’est le cas pour tous les primates, mais surtout pour l’espèce humaine. Pour des raisons profondément liées à l’évolution, les réponses maternelles de la femelle humaine sont dépendantes du contexte social et particulièrement du soutien qu’elle va recevoir au non. On observe que les femelles humaines ont besoin d’un soutien plus important que tout autre mammifère. Et il ne faut pas oublier que bon nombre des femmes «abandonnantes» sur lesquelles Badinter a disserté de manière très virulentes, ces mères qui au XVIIIème siècle donnaient leurs enfants à de vagues nourrices, étaient éloignées de leur bébé juste après la naissance. On ne laissait presqu’aucune d’elles s’occuper de son nourrisson.
De plus, si vous envisagez la longue histoire de l’évolution humaine comme une sorte de coopérative de maternage – qui incluent pères, mères, oncles, grands-mères, frères et sœurs plus âgés- où chacun aide la mère à s’occuper du petit et à le nourrir, vous réalisez qu’une mère qui manque d’un tel support social n’a aucune chance d’élever ses enfants avec succès. L’abandon à la naissance était donc une réponse parfaitement naturelle pour les femmes privées de soutien. Proclamer que ces femmes n’ont pas d’instinct maternel parce que dans de telles conditions – arrachement du bébé à la naissance et manque de soutien- le lien avec l’enfant ne s’est pas mis en place, c’est mal interpréter les réalités biologiques complexes de l’amour maternel et l’ambivalence de l’espèce humaine.
Je ne suis pas certaine que démolir ainsi l’instinct maternel soit un vrai progrès pour les femmes. De plus, l’instinct dans sa phase physiologique ne dure que quelques mois. Après l’amour maternel prend le relai.
Et l’amour maternel doit amener les mères à éjecter leurs enfants, c’est-à-dire leur apprendre l’autonomie et l’indépendance.
De la même manière aujourd’hui, tenter de faire croire aux mères que leur présence n’est pas indispensable à leurs petits, est destructeur. A leurs petits. Quand les enfants grandissent, au contraire, ils doivent apprendre à se séparer de leur mère mais ils l’apprennent d’autant plus aisément qu’ils ont eu leur mère près d’eux tout petits.
Dans ces deux livres, elle commet la même erreur : considérer qu’un enfant de quelques mois et un adolescent ont les mêmes besoins, que l’instinct maternel après la naissance perdurerait jsuqu’au mariage des enfants et que rester auprès de ses enfants doit durer jusqu’au mariage des enfants et interdit en conséquence toute carrière !
C’est vrai qu’Elisabeth Badinter n’a pas besoin de travailler pour vivre, qu’elle vit très bien grâce à toutes les publicités sexistes commises par son entreprise et qu’elle n’est pas à la recherche d’une autojustification en proclamant urbi et orbi que les femmes ne se réalisent que par le travail.
Reste plus qu’à faire avaler cela à toutes les femmes que Florence Aubenas a cotoyées pour écrire son Quai de Ouistreham. Je suis certraine que toutes préfèreraient vivre à la maison avec deux enfants (ou plus) et un mari qui travaille !
Alors, Elisabeth Badinter, féministe ?
En plus, dans sa recherche éperdue de démonstration qu’hommes et femmes sont pareils, aux violences commises aux femmes, elle répond « À vouloir ignorer systématiquement la violence et le pouvoir des femmes, à les proclamer constamment opprimées, donc innocentes, on trace en creux le portrait d’une humanité coupée en deux peu conforme à la vérité. D’un côté, les victimes de l’oppression masculine, de l’autre, les bourreaux tout-puissants»
Alors, Elisabeth Badinter, féministe ?


Excellent article. Je partage totalement votre analyse du féminisme. Mère d’un enfant et en attente d’un second, docteur et chercheuse, j’ai allaité dix-huit mois, et compte le faire à nouveau (sans soutien de la société d’ailleurs, à l’inverse de ce que semble pourtant croire E. Badinter qui s’inquiète des 70% de femmes allaitantes à la maternité contre 15% dans les années 70- elle néglige le taux d’abandon rapide) et suis scandalisée par les classifications caricaturales et hâtives d’une supposée intellectuelle (de qui on attendrait par conséquent une maîtrise de la nuance, mais c’est vrai qu’on est dans la pub) et sa méconnaissance de ce qu’elle attaque ou défend. On pourrait en dire autant d’ailleurs de son rapport à l’écologie qu’elle réduit à un retour à la nature alors que les préoccupations de l’écologie politique actuelle sont plus économiques que philosophiques ou idéologiques (tendance hippies).
j’ai commandé le bouquin, je crois que ça va me permettre de savoir mieux de quoi en parle.
est-ce qu’Elisabeth Badinter est féministe? Je crois, oui.
Moi aussi, elle me contrarie sur pleins de sujet. Elle ne laisse pas indifférente, ça, c’est sûr.
Mais tout d’abord; je pense que lui reprocher d’être une héritière de Publicis, donc une privilégiée, est un peu facile. On ne peut lui enlever ses qualités d’intellectuelle, comme vous dîtes, quel que soit son parcours.
Et tout comme on peut être riche et avoir des idées de gauche, être un homme et comprendre les femmes, être vieux et soutenir les jeunes, on peut être héritière et féministe, non?
ensuite, je trouve la thèse de l’Amour en Plus passionnante et intéressante. Je ne dis pas que je suis en total accord avec son point de vue, peut-être trop radical… mais je trouve la démarche positive, car elle permet aux femmes de s’échapper de la loi de la nature, de se différencier des femelles, pour affirmer leur libre arbitre.
On parle d’instinct, dans le règne animal, concernant des comportements que l’on retrouve, chez tous les membres d’une expèce, SANS EXCEPTION.
C’est vrai qu’il y a tout un tas de phénomènes hormonaux qui se mettent en marche avec la grossesse, l’accouchement, l’allaitement, qui font que l’humain est parfois un animal comme les autres.
Mais nombre de jeunes accouchées n’ont pas les gestes, les réactions, qui leur viennent naturellement! Et toutes réagissent à leur façon… je ne crois pas que ce soit si homogène que ça.
Sans références, exemples d’autres femmes, et là je parle aussi personnellement, les femmes ont bien du mal à savoir comment donner le sein, comment laver le bébé, comment s’en occuper concrètement, les premières heures!
Même si, bien sûr, les jeunes mères ont des ressources incroyables en elles qui leur permettent d’y arriver, je ne trouve pas idiot qu’on questionne cette idée d’”instinct”.
Toutefois, comme vous, je ne crois pas qu’il soit bon de nier totalement ce côté naturel, la spécificité de la maternité, les différents stades par lesquels passent la mère et son enfant.
Comme vous, je ne vois pas l’intérêt d’être fière d’avoir été “une mère médiocre” (c’est elle qui le dit), ou de faire des enfants à la légère.
Féministe ou pas, lorsqu’on donne la vie, c’est que , quelque part, on est consciente qu’une autre personne va passer avant nos besoins, va demander de l’attention et du soin. Ce bébé n’est pas un instrument du patriarcat, comme le dit Badinter, pour soumettre la mère, et contre lequel il faudrait se battre!
Cette idée que la mère ne devrait pas s’effacer devant son bébé, devrait continuer à revendiquer je ne sais quoi de féministe, pendant les jours suivant la naissance, me parait bien théorique et idéologique, sans aucun apport positif pour l’enfant.
En cela, je comprends votre question. Est-ce que c’est vraiment vouloir le bien des femmes que de leur ôter leur spécificités?
Badinter, en cela, culpabilise et gène la plupart des jeunes mères qui éprouvent un réel plaisir, presque animal, à donner la vie et à s’occuper le mieux possible de leurs petits.
Parce que, justement, c’est de LEURS enfants dont elles s’occupent, et pas de n’importe quels enfants. Et ça change tout.
J’ai parfois l’impression que Badinter n’est pas honnête quand elle parle d’”élévage” d’enfants, de corvées. La plupart des femmes, (contrairement à elle?) prennent l’éducation de leurs enfants aux sérieux, et ça ne me parait pas nécessairement dangereux pour qui que ce soit, bien au contraire.
on verra après la lecture, donc…
Volontiers, après la lecture …
Pour ce qui est de l’instinct chez l’animal, comme chez l’homme, il y a des ratés, il peut y avoir des exceptions : des lionnes qui refusent leurs petits, des éléphantes qui adoptent celui d’une autre…
Je ne dis pas que l’instinct donne aux mère la conaissance pour s’occuper leurs petits, mais le désir de s’en occuper. Et bien entendu, l’instinct n’interdit pas l’apprentissage …. Une mère est plus à l’aise avec son 3ème petit qu’au 1er.
@UneChambreàMoi
Vous avez raison aussi : on peut être riche et de gauche, être un homme et comprendre les femmes,etc.
Ce que je lui conteste surtout, c’est d’être féministe et de laisser son entreprise faire des trucs sexistes. Qui sait, si elle tapait un grand coup sur la table, peut-être qu’on pourrait faire des pubs de lessive non sexistes …
Je pense que cette “lettre ouverte” pourrait vous intéresser:
http://blog.grandirautrement.com/index.php/post/2010/02/15/Reponse-a-Elisabeth-Badinter-:-La-femme-elevee-au-rang-d-etre-libre
ce que je cherchais, merci