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Bienheureux Jean Paul II

30 avril 2011

Jean Paul II et mère Térésa

La sainteté n’est pas une récompense ou une décoration. C’est un objectif pour chacun de nous :  “ Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ” (Mt 5, 48) et  le chemin de la perfection passe par la croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel. La sainteté c’est donc entre Dieu et chacun d’entre nous : les renoncements ne sont pas identiques pour chacun de nous et le combat spirituel est différent pour chacun de nous.

 Le Code de droit canonique , en ses canons 1186 et 1187, rappelle pourquoi certains sont déclarés saints : ils doivent servir d’exemple au peuple de Dieu :

Can. 1186 – Pour  favoriser la sanctification du peuple de Dieu, l’Église recommande à la vénération particulière et filiale des fidèles la Bienheureuse Marie, toujours Vierge, mère de Dieu, que le Christ a établie Mère de tous les hommes, et elle favorise le culte véritable et authentique des autres Saints, dont l’exemple en vérité édifie tous les fidèles et dont l’intercession les soutient.

Can. 1187 – Il n’est permis de vénérer d’un  culte public que les serviteurs de Dieu qui ont été inscrits par l’autorité de l’Église au catalogue des Saints ou des Bienheureux.

Il y a donc beaucoup de saints qui n’ont pas été DECLARES saints par l’Eglise mais qui sont pourtant saints.

D’ailleurs l’histoire des déclarations de sainteté montre bien que les saints à vénèrer servent à l’éducation, à l’édification des fidèles. Ils sont des modèles.

Les premiers saints étaient des martyrs, à l’imitation de Jésus Christ et des apôtres. Leur martyr suffisait pour qu’ils soient reconnus saints. Leur combat spirituel à eux était probablement de ne pas renoncer à leur foi pour avoir vie sauve ou de ne pas maudire ce Dieu à cause de qui ils allaient souffrir et mourir.

Puis lorsque les chrétiens ne furent plus persécutés, ils ont cherché un autre moyen d’imiter le Christ. Ce fut en abandonnant tout, famille, biens, amis et plaisirs. C’était la naissance de l’érémitisme avec pour modèle Saint Antoine. Jeune homme riche, il a distribué ses terres et ses biens aux pauvres et est parti vivre au désert ce qui lui assurait pauvreté et chasteté. Son combat spirituel à lui était très réel car Satan n’a pas cessé de le tourmenter.

Il fallait aussi assurer le développement de la foi et les saints missionnaires apparurent : Saint Patrick, Saint Cyrille et Saint Méthode sont les archétypes des missions d’alors.

Pontigny, fille aînée de Citeaux

Il restait un dernier abandon à accomplir, celui de sa propre volonté et cet abandon là a donné l’âge d’or du monachisme occidental. Il y avait certes des monastères avant mais ils étaient surtout organisés en fonction de la nécessité de faire vivre en commun de nombreux clers. Saint Benoît a créé les bénédictins. Ils ont répandu la culture intellectuelle en prônant le travail intellectuel comme vecteur de la méditation. Saint Bernard fut le plus célèbre des cisterciens. Ils ont répandu la culture agricole en étant de grands défricheurs et en prônant le travail physique.

Dans ces époques, les canonisations résultaient des cultes qui étaient voués spontanément à certains chrétiens sur leurs tombes ou dues à des miracles qui leur étaient attribués. Chaque évèque déclarait les saints de son diocèse. Les Propres locaux existent toujours. 

C’était l’époque de la reconnaissance sociale populaire de la sainteté de certains. Un peu comme le cri de la foule sur la place saint Pierre : sancto subito. L’élan d’une population qui aimait son pape et voulait le révèrer. 

Petit à petit, au deuxième millénaire, l’Eglise se prit de faire des enquêtes sur les miracles allégués et sur les vertus des saints. Saint François d’Assise fut l’un des premiers à être déclaré saint après un procès comme ceux d’aujourd’hui, 3 ans après sa mort. Saint Antoine de Padoue, seulement deux ans après sa mort. Saint Louis,  27 ans après sa mort. Sainte Jeanne d’Arc, 489 (sic) ans après sa mort ! Mère Térésa, seulement 3 ans après sa mort.

Le Code de droit canon actuel date de 1983. Il est donc à l’initiative de Jean Paul II. C’est dans ce Code qu’est la règle selon laquelle il faut attendre 5 ans avant d’ouvrir un procès en béatification ou en canonisation. Ce même Code prévoit aussi la possibilité pour le Saint Père d’autoriser par décret que ce délai soit raccourci.  Jean Paul II a d’ailleurs utilisé cette possibilité canonique pour Mère Térèsa. On ne m’empèchera pas de penser que les râleurs s’appuie toujours sur le droit lorsqu’il leur donne un motif neutre en apparence de critique. Les mêmes qui critiquent le droit lorsqu’il ne leur plait pas….

Sainte Thérèse

Quant à moi, j’aime particulièrement Saint Thérèse de l’Enfant Jésus et la Sainte Face : d’un point de vue journalistique, elle n’a rien fait ! Close au Carmel à 16 ans, morte à 24, elle n’a fait qu’aimer Dieu et le prier. Elle a tenu même quand elle a ressenti sa nuit de foi, même pendant sa maladie.  Elle est mon modèle en ce qu’on peut être saint sans RIEN faire de socialement remarquable. Elle aussi a fait l’objet immédiatement après sa mort d’une vénération locale, qui s’est répandue dans toute l’Europe et au delà. Elle a été canonisée 27 ans après sa mort.

Alors Jean Paul II, béatifié (et non canonisé) 6 ans après sa mort, ce n’est pas si rapide que cela. Comme pour Sainte Thérèse, Mère Térésa et des tas d’autres, il bénéficie d’une vénération spontanée, vieille tradition des chrétiens. Le décrêt de sa béatification fixe la célébration liturgique de sa mémoire : elle pourra avoir lieu tous les jours jusqu’au 1er mai 2012 et ensuite elle aura lieu le 22 octobre dans le Propre de Pologne et dans celui de Rome.

Certains ne sont pas d’accord avec la béatification de Jean Paul II. Même dans l’Eglise. Certains pensent que la décision a été trop rapide. Pour simplifier, les râleurs catholiques lui reprochent une liturgie simplissime, son ouverture aux autres religions, l’instauration des dialogues avec les juifs et les musulmans. Les râleurs non catholiques lui reprochent sa position sur la théologie de la libération, la vie de famille, la sexualité et les contraceptifs. Bref, des visions très politiques et guère spirituelles.

Mais d’un autre côté un Saint Siège qui fait sur son site officiel  un focus sur la réponse de l’Eglise aux abus sur les mineurs est un Saint Siège qui ne manque pas de courage. Quand on a ce cran-là, n’en déplaise aux criticailleurs de tous poils, on ne prend pas de décision sous une quelconque pression. L’Eglise n’est que la voix de Dieu et non pas un lieu de référendum. Et quel référendum d’ailleurs ? Comme les premières primaires socialistes, ouvert aux seuls baptisés, ou comme les secondes, ouvert à tous ceux qui veulent voter ? 

Ce qui compte n’est donc pas ce qu’ ON (et pour une fois le ON indéfini est approprié) en pense, mais ce que Dieu en pense.

L’Eglise, voix de Dieu a déclaré Jean Paul II bienheureux et ne serait-ce que par humilité, tous les catholiques doivent l’admettre.  

 

Royal wedding

29 avril 2011

Ce blog avait commencé avec le mariage annoncé de Fistonchéri mais l’écran blanc m’a fait le même effet que la page blanche pour certains écrivains et ce blog vit sa vie et sa genèse a sombré aux oubliettes !

Mais quand même, midinette au fond de l’âme je reste et comme des milliards de télespectateurs, j’ai regardé la cérémonie. La robe superbe et très élégante, le cortège d’honneur mignon tout plein, les musiques très belles, les uniformes magnifiques (un des rares trucs que les anglais font mieux que nous). La traversée de Londres en landeau qui n’en rêve pas ? Soyez certains messieurs, que celles qui le prétendent sont des menteuses ! Chouette aussi, la suppression de la mention de l’obéissance dans l’engagement de la mariée.

Mes conclusions : j’aurais bien aimé avoir un mariage comme celui là (notez que j’ai parlé du mariage, pas du mari) mais pas la vie qui va avec. D’ailleurs, ça a déjà commencé. Jusqu’alors, elle travaillait. La Reine lui a depuis demandé d’avoir des oeuvres de charité. En France, on dit travailler dans l’humanitaire. Bref, sous prétexte qu’elle est tombée amoureuse d’un mec, ELLE va devoir changer sa vie mais pas lui. Lui va continuer à faire joujou avec son hélicoptère. Lui non plus n’a pas choisi sa vie et n’a guère que le choix de se soumettre ou se démettre (comme arrière-grand-tonton Windsor).

Plus aucun espoir non plus d’avoir des enfants normaux.

Imaginez : enfants de roi, le nombre de métiers qu’ils ne peuvent guère faire. Militaires secouristes, comme papa et tonton, OK. Sportifs comme grand tante Ann, oui. Mais banquiers, cadres supérieurs, dirigeants d’entreprise, point. S’ils gagnent de l’argent ce seront des salauds de capitalistes qui font du fric sans en avoir besoin. S’ils en perdent, des crétins malfaisants gardés/maintenus à cause de leur titre. Artistes, ils ne sauront jamais s’ils ont du talent ou s’ils sont encensés par esprit de cour (comme leur grand oncle Edward).

Ceci étant, c’est son problème et pas le mien.

Et puis quand même un petit cocorico : la dentelle de la robe est française, sortie de la manufacture Sophie Halette.

Et moi je ne veux pas bouder mon plaisir. J’ai dénoncé ici trop d’horreurs pour ne pas y mettre aussi parfois un peu de rêve ou de drôlerie.

Le rêve :

 

 

Les chapeaux gags :

Et pire que tout :

Edit : les images de rêve et les deux chapeaux gags sont de Paris Match. Vouc pouvez cliquer ici pour les voir toutes.

La Pizza, des Echos. Cliquer ici pour les voir toutes. Et croyez-moi, il y a pire.

Si j’étais DSK …

28 avril 2011

Non, ce n'est pas un passage de témoin.

… je ne le ferai pas.

Je ne serai pas candidat aux présidentielles en France. Ce n’est pas une bonne idée parce que c’est trop dangereux.

D’accord,

  1. les sondages me donnent élu dans tous les cas de figure. Les sondeurs ont d’ailleurs refait leurs sondages jusqu’à ce que les résultats obtenus leur (à eux et au microcosme intellectuel de la presse et des râleurs d’internet) donnent les résultats dont il rêvent : moi élu et Marine même pas au deuxième tour. Il y a même des chercheurs qui refont le scrutin pour assurer mon élection.
  2. les gens de droite se disent que je suis le moins pire des socialistes : né à Neuilly (ça ne les changerait pas trop), fils de dirigeant maçonique, HEC, Sciences Po, a priori, pour eux, je devrais avoir des réticences à attaquer tout ça trop violemment. Et puis avec mes études, mon passé de prof d’économie, de ministre des finances et de président du FMI, je serais réaliste en terme de politique économique.
  3. Et puis surtout, comme je n’ai rien fait ni rien dit en France depuis 5 ans, je n’ai pas pu faire la moindre sottise ni dire la moindre bêtise. Et les français aiment bien les gens qui ne font rien (voyez donc les cotes de popularité de Miterrand à la fin de son second mandat ou de Chirac depuis qu’il n’est plus président !). Du coup chacun peut mettre sur moi tous ses rêves et m’imaginer comme il le souhaite. Ils vont oublier que j’ai beaucoup  milité pour le OUI à l’Europe

Oui, mais :

  1. les sondages, les sondages, ça ne fait pas un vote. Je n’ai jamais compris si c’est parce que les sondeurs trichent pondèrent les résultats ou si c’est parce que les sondés répondent n’importe quoi ou sont des girouettes ou sont influencés par les sondeurs ce qui leur évite une trop grosse fasification pondération. Probablement les deux. Mais même à huit jours du vote, les sondages n’ont rien à voir avec le vote (rappelez-vous, le dernier sondage d’avril 2001 qui donnait Chirac et Jospin au deuxième tour !). Imaginez un peu que je ne sois pas élu ! Je n’ai pas l’acharnement de François et je n’y retournerai pas.
  2. j’ai été ministre des finances, artisan de l’Europe, président du FMI. Je sais donc pour l’avoir déjà vécu qu’un ministre des finances d’un pays européen dispose d’une marge de manoeuvre de l’ordre de epsilon. Il n’y a que Marine pour s’imaginer qu’elle va pouvoir sortir la France de l’Euro d’un claquement de doigt !
  3. je n’ai pas envie d’être celui qui va devoir assainir les finances, faire revenir la France à un endettement plus raisonnable, limiter le nombre des fonctionnaires, augmenter tous les prélèvements fiscaux et sociaux. Je préfère de loin être celui qui tape sur les doigts de ceux qui ne le font pas ! Moins risqué et plus marrant.
  4. la vie et le monde sont plus forts que la volonté d’un président de la république française. Regardez Nicolas, ce n’est pas qu’il n’a pas voulu réaliser le programme pour lequel il a été élu, c’est la crise mondiale de 2008 qui lui est tombée dessus. Et à tous d’ailleurs. Alors forcément, ça bloque. Mais les français aujourd’hui ne voient plus que leur déception de n’avoir pas eu les rêves qu’il avait fait naître. Idiot, mais c’est comme ça.

Je m'y verrais bien, moi.

En fait, moi ce que je vise vraiment, c’est l’Europe.

D’abord, c’est mieux la supra nationalité : on est chez soi partout, en pratique on est reçu aussi bien qu’un président. C’est plus discret qu’une présidence de république. Mes galipettes seront moins surveillées. Certes on n’a pas droit à la Garde républicaine mais ce n’est pas si important que ça. On n’a pas trop d’obligations, enfin on en a beaucoup moins qu’un Président de république.  On n’est pas imposé dans son pays (comme ça en France, je ne suis imposé que sur ma retraite de ministre. Avec deux parts) et ça c’est la cerise sur le gateau d’un socialiste français ;) .

Ensuite, c’est vraiment mieux de donner des consignes à une trentaine de chefs d’états que de se mettre soi-même les mains dans la graisse. C’est de toutes façons, plus facile. Et ça, je ne peux pas le rater.

Car, soyons clairs, un président de l’Europe ne peut pas échouer. 

Evidemment, ce n’est pas ce que je vais dire. Mais c’est vraiment ce que je pense.

Le jugement majoritaire, et puis quoi encore ?

23 avril 2011

Même DSK est perplexe...

C’est peut-être parce que je ne suis pas tant démocrate que ça, mais je trouve que le “jugement majoritaire” creuse la tombe de la démocratie telle que nous la connaissons.

Le jugement majoritaire est une invention qui permet d’empêcher de déplaisants résultats d’élections : vous avez tous compris qu’il y a des votes sérieux (et donc des électeurs sérieux) et des votes abrutis (et donc des électeurs à éliminer ou à ré éduquer), entendez ceux qui votent Front national.

Terra nova, qui se proclame “un think tank progressiste indépendant ayant pour but de produire et diffuser des solutions politiques innovantes, en France et en Europe” s’est fixé parmi ses ”trois objectifs prioritaires” celui de refonder

“la « matrice idéologique » de la gauche progressiste et la promotion de ses idéaux”.

Avec le mauvais esprit que vous me connaissez, je me demande d’abord en quoi réside l’indépendance de gens dont l’objectif est la gauche progressiste. Mais bon, j’ai vraiment mauvais esprit. Et “gauche progressiste” c’est forcément des gens bien.

D’ailleurs, puisque

  • ré éduquer un quart des français risque d’être un peu long (sans compter qu’ils ne peuvent même pas s’appuyer sur un système éducatif qui a fait la preuve de son inefficacité – même pour des gauchistes progressistes)
  • les supprimer risque d’être un peu mal vu et de démolir le côté “gauche progressiste”

la solution trouvée par les thinkers de Terra nova consiste à modifier le mode de scrutin :

Prémisse 1 :

21 avril 2002. Jean-Marie Le Pen, pourtant rejeté par 80% des Français, est au second tour de l’élection présidentielle, en raison de la fragmentation de la gauche ; Lionel Jospin, donné vainqueur du second tour par les sondages, est éliminé au premier.

 22 avril 2012. La fragmentation s’est renforcée, dans le camp progressiste (avec potentiellement le candidat socialiste plus Bayrou, Hulot, Chevènement, Mélenchon, Besancenot, voire Chevènement et Tapie) mais aussi à droite (Sarkozy, Villepin, Borloo, Dupont-Aignan, Boutin). Les sondages actuels donnent tous Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Un nouveau 21 avril, « à l’envers » (élimination de Nicolas Sarkozy) ou « à l’endroit » (élimination du candidat socialiste) est non seulement possible, mais désormais probable. Même le scénario aberrant d’un « double 21 avril », Marine Le Pen contre un « quatrième homme », n’est plus impensable.
Notez que Lionel Jospin a aussi été rejeté par 80 % des français, mais ça c’est pas grave enfin, sauf pour lui.  Notez que les sondages ne sont pas fiables, mais ce n’est pas grave non plus quand on veut les utiliser quand même.
 
Prémisse 2 : 

Le candidat qui recueille l’assentiment majoritaire des Français peut y être éliminé. Ce fut déjà le cas en 2002. Mais 2012 pourrait en donner une version extrême. Imaginons que la situation demeure ce qu’en donnent les sondages : le candidat socialiste, que ce soit Martine Aubry, François Hollande ou encore plus Dominique Strauss-Kahn, est plébiscité au second tour. Martine Aubry et François Hollande ont dix à douze points d’avance sur Nicolas Sarkozy au second tour (55/45 voire 56/44), DSK trente points (65/35) ! Dans un duel de second tour, ils gagnent largement contre toutes les autres personnalités politiques concurrentes. En d’autres termes, le candidat socialiste, DSK tout particulièrement, est la meilleure personnalité politique du moment, celle que les Français veulent voir, dans leur large majorité, à l’Elysée.

 
Pourtant, cette personnalité, plébiscitée par les Français, est menacée d’élimination au premier tour, du fait de la fragmentation du camp progressiste. Martine Aubry et François Hollande ne sont d’ores et déjà pas à l’abri de dévisser, selon les sondages. Si l’un des candidats progressistes (Hulot, Mélenchon, Bayrou), aujourd’hui bas dans les sondages, venait à décoller pendant la campagne présidentielle, DSK aussi serait en risque. Or chacun de ces candidats a un fort potentiel électoral : François Bayrou l’a déjà montré, Jean-Luc Mélenchon est un orateur et campaigner hors pair, Nicolas Hulot surtout bénéficie d’un capital de sympathie et de notoriété exceptionnel.

... elle aussi, d'ailleurs.

En clair, ces indépendants de Terra nova votent DSK et ne veulent pas prendre le risque qu’il ne soit pas élu. Faut dire aussi que ces salopiaux de français sont fichus de se laisser avoir par Mélanchon, Hulot, Bayrou et d’autres. C’est sûr aussi que les bons candidats ne sont pas nécessairement de bons élus, sur ce point là au moins, je suis d’accord avec ces thinkers indépendants gauchistes progressistes.
 
Vous admirerez aussi l’honnêteté de la présentation : Jospin recceuillait en 2002 l’assentiment majoritaire des français. Dommage qu’ils n’aient pas été au courant, les français : ils auraient mieux voté. 
 
La solution inventée par Michel Balinski et Rida Laraki, chercheurs au CNRS à l’Ecole Polytechnique, saluée (en tous les cas, c’est ce que prétend Terra nova) par la communauté scientifique se déroule sur un seul tour : l’électeur évalue les mérites de chacun des candidats (au lieu d’en désigner un seul), dans le cadre d’une échelle de mentions : Très bien, Bien, Assez bien, Passable, Insuffisant, à Rejeter. Chaque candidat obtient ainsi une « mention majoritaire » : celle qui réunit plus de 50% d’opinions égales ou supérieures à cette mention. Le vainqueur serait alors, selon ces petits génies, celui qui a la meilleure mention majoritaire. Bref un merveilleux outil de lissage.
 
Certains ont déjà fait remarquer qu’il suffit de cocher “à rejeter” à tous les autres candidats pour que ce système ne fonctionne plus.
 
En outre, contrairement à ce qu’ils prétendent, leur élection ne revient pas à supprimer le vote binaire, mais en réalité à multiplier le nombre de voix de chaque votant ET à supprimer un tour d’élection. Ce serait une sorte de sondage grandeur nature, commenté par les journaleux : sera élu celui qui a le plus d’avis favorables, entendez, celui qui aura obtenu beaucoup de très bien mais aussi des Assez bien et des passables. Ou si on compte à l’envers, celui qui aura obtenu le moins de passable, d’insuffisant ou de à rejeter.
 
Dans tous les cas, il s’agira d’une adhésion à la moins pire des solutions ce qui va, vous en conviendrez, encourager encore plus les électeurs à aller voter !
 
L’ensemble est d’une hypocrisie révoltante.
 
Comment peut-on à la fois constater que tous les sondages donnent Marine Le Pen au deuxième tour et affirmer en même temps qu’elle est la personne que les français veulent le moins ? Si parallèllement, ils sont certains que DSK est la personalité que les français veulent le plus, pourquoi ne pas laisser les élections décider, sans les truander.
 
Ou alors, ils ne sont pas certains que les français veulent vraiment, majoritairement DSK. Et tricher aux élections est la seule solution pour parvenir à leur résultat.
 
Ou alors, ils pensent comme moi que la démocratie (vote, une tête, une voix) n’est pas le meilleur moyen de désigner un chef d’état.  
C’est trop d’honneur que me font ces “chercheurs à Polytechnique” ! 
 
En réalité, c’est la fin du vote qui s’annonce puisque les résultats des votes ne valent que s’ils sont approuvés par certains. Par qui ?
 
Faudrait peut-être organiser un vote pour savoir qui décidera si les élections sont bonnes ou non.
 
Une sorte de vote à deux degrés et non plus à deux tours ? Ou alors, un vote censitaire, un vote de diplôme, un vote de ceux qui ont obtenu le diplôme du bon vote ?
 
 
 

Janvier, le mois de l’euthanasie

15 janvier 2011

Ca recommence.

Parce que une majorité des français y serait favorable, parce que certains politiques sont prêts à tout ou à n’importe quoi pour leur notoriété, des propositions de loi seront bientôt débattues au Sénat pour légaliser l’euthanasie.

Il y a un peu plus d’un an, c’était l’Assemblée nationale et j’avais expliqué ici, certaines des raisons pour lesquelles j’étais contre une légalisation de l’euthanasie.

Vous pouvez lire ici encore  14 autres motifs.

Toutes les religions sont d’accord pour s’opposer à l’euthanasie. Cette belle unanimité devrait d’ailleurs conduire chacun à s’interroger.

Indépendamment des raisons religieuses de ceux qui pensent que la vie est sacrée, il y a aussi des raisons de bon sens :

  • la mort est la seule chose qui dure indéfiniement. On ne peut jamais réparer une mort. Une mort donnée par erreur est définitive et ne peut être corrigée.
  • ni la science ni la médecine ne sont fiables certaines. Chaque jour elles progressent, c’est-à-dire que ce qui était vrai il y a un mois ne l’est plus aujourd’hui et quelles que soient les précautions prises, personne n’est jamais à l’abri ni de ses erreurs ni de celles des autres. Le cas de Rom Houben en est un bon exemple.
  • chacun d’entre nous change d’avis assez facilement selon notre humeur et selon les circonstances. Partant de cette constatation d’évidence, je n’arrive pas à croire que quel qu’un qui demande la mort n’est pas dans une souffrance telle que sa liberté de penser est altérée. Quand à ceux qui écriraient, jeunes et en bonne santé, que s’ils devenaient malades, ils souhaitent qu’on les euthanasie, je n’arrive pas à croire qu’ils penseront à coup sur la même chose en situation de maladie. Mais la mort est définitive et ils ne pourront plus changer d’avis.
  • parce que je n’arrive pas non plus à penser que la dignité est une question de santé.  Parce que la dignité humaine ne se réduit pas à une sorte de moyenne entre plaisirs et souffrances et qu’il y aurait un chiffre en deça duquel la mort doit être donnée. Parce que justement, on est encore plus digne quand on fait face aux difficultés que quand la vie est facile. Parce que la dignité ne réside pas dans le fait de pouvoir uriner seul, ou de pouvoir se laver seul, ou de pouvoir manger seul, ou de pouvoir vivre sans aide. Parce que l’homme est un animal social qui de toute façon ne peut vivre seul, nier son besoin de l’autre n’est que de l’arrogance irréfléchie.
  • parce que l’euthanasie n’est en réalité que de l’égoïsme (certes parfois caché sous de prétendues bonnes raisons) : égoïsme de celui qui ne veut rien devoir à personne ou égoïsme de ceux qui veulent abréger leurs souffrances en abrégeant la vie de l’autre. Ca dure moins longtemps de pleurer un mort que de s’occuper d’un malade. Ca dure moins longtemps de pleurer un mort que d’aller tous les jours, ou toutes les semaines, ou tous les mois, ou régulièrement à l’hopital voir un proche dont les médecins disent qu’il n’a plus de conscience. Ca dure moins longtemps de pleurer un mort que de culpabiliser parce qu’on préfère aller au cinéma que d’aller à l’hopital. Je ne dis pas que pleurer un mort est facile, je dis que ça dure moins longtemps. Tout le monde a dit “c’est un soulagement” face à une mort.
  • parce que aucune précaution prise par le législateur ne sera suffisante pour éviter des euthanasies par erreur et qu’il vaut mieux vivre mal plutôt que mourir par erreur. Ou alors on arrête de considérer qu’un SDF mort de froid, une famille morte dans un accident de voiture, etc. sont dramatiques.
  • parce que rien n’étant parfait et toute situation législative entraînant son contre exemple émouvant, quitte à choisir un dysfonctionnement, je préfère un dysfonctionnement qui favorise la vie, c’est-à-dire aussi l’espoir, qu’un dysfonctionnement qui favorise la mort.
  • parce que même pour les inconscients dits en phase terminale, PERSONNE NE SAIT ce qu’ils vivent en réalité.
  • parce que, plus je serai gravement malade, plus je préférerai être soignée par des médecins qui feront tout pour me soigner plutôt que par des médecins dont je sais que selon les cas, ils choisissent au contraire de tuer.
  • parce que l’argent pourrit tout et que soigner des malades coûte plus cher, aux familles, aux assurances, à la sécurité sociale, à mes impôts que d’enterrer. Et qu’un jour ou l’autre, ce coût sera une raison de choix.

Il y a aussi des raisons philosophiques pour refuser de donner la mort :

  • le sénateur communiste Guy Fischer fait dans les motifs de sa proposition de loi, de l’euthanasie volontaire « la dernière liberté à conquérir ». Mais il n’y a pas de liberté sans avenir ! sans retour en arrière possible !
  • Luc Ferry s’interroge : “Qui peut prétendre [...] qu’à un signal de détresse absolue, il n’est aucune autre réponse que la mort ?”. Ne trouver que cette réponse est le signe de la défaite absolue. Parce que, comme Luc Ferry « reste qu’entre un prétendu geste humanitaire consistant à tuer, fût-ce par charité, et un autre visant à entourer d’amour » je choisirai toujours le second  et que je préfère vivre dans une société qui choisit l’amour plutôt que la mort.
  • il y en a d’autres que j’ai déjà développées ou que d’autres ont développées

Alors, pour ceux d’entre vous qui préfèrent une société qui fait des efforts pour garder ses membres en vie, vous devez signer la pétition de Faut pas pousser.

Pour ceux qui cherchent à aider des personnes qui souffrent, vous trouverez là des conseils et des aides

 

 

Le centre ou la mort de la démocratie

4 janvier 2011

Il y a 15 mois maintenant, je critiquais déjà ici une pseudo démocratie qui ne donne pas de poids le droit de vote à nos enfants qui sont pourtant notre avenir. Avant moi, un autre l’avait déjà fait. Et maintenant The Economist reprend la même idée. On ne peut prétendre que soit démocratique une société qui prive une grande partie des siens du droit de vote.

Il y a trois semaines, je disais une partie des raisons qui font que je ne considère pas la démocratie comme un modèle nécessaire.

Maintenant, bien que Natalia ne m’ait pas taguée sur ce sujet  ;)  tant pis, je m’auto tague elle me donne une autre raison : le centre. 

D’abord, le centre n’existe qu’en géométrie. Cette existence est donc un modèle d’arbitraire : pas de figure créée, pas de centre. D’ailleurs, même la région Centre n’est pas au centre de la France.

En politique, c’est tout de suite égocentré. Les hommes politiques du centre : ceux qui n’ont pas trouvé dans les autres partis la place qu’ils estimaient devoir avoir leur place. Les électeurs du centre : des électeurs d’un parti qui voudraient changer de convictions mais ne veulent pas se brutaliser. Le centre, c’est pratique pour eux.

Le centre, c’est le fantasme de Procuste ou plus récent, de Molière : ni trop, ni trop peu. Le culte du juste milieu, de la moyenne, dans l’espoir que s’y trouverait la vérité, la justice. En fait ce ne sont que des idées, même pas des mathématiques mais seulement de la statistique, ce truc inventé comme aide à la décision de ceux qui ne savent pas décider.

Pour de vrai on n’y trouve que du médiocre, que du fade, que du banal. En politique : un peu de libéralisme + un peu de communisme et on devrait tomber juste : au milieu, au centre quoi.

Aujourd’hui, ça donne quoi ? le pire des malthusianismes, des pessimismes, de l’écologisme. C’est la mort de l’espoir.

Et moi, je ne peux pas vivre sans espoir. Je préfère vivre avec l’idée que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et qu’il faut que je me bouge pour ça plutôt qu’avec l’idée que demain sera pire qu’aujourd’hui même si je me prive pour ça !

Et puis d’abord, pourquoi être certain que demain est dangereux, mauvais, pire qu’aujourd’hui ?

Mais aujourd’hui en France, on n’a jamais été aussi heureux :

  • 65 ans sans guerre sur notre territoire,
  • quand on en est à se préoccuper de manger 5 fruits et légumes par jour, c’est qu’on a largement à manger
  • une médecine plus faite de prévention que de thérapie
  • on ne cherche plus un emploi : on cherche le même emploi qu’avant, au même endroit et au même salaire ! c’est dire si les indemnités chômages sont intéressantes
  • une sécu ruinée parce qu’on rembourse même l’aspirine, parce qu’on soigne gratuitement tous ceux qui vivent en France, régulièrement ou pas, ceux qui sont de passage en France, ceux qui n’ont jamais cotisé et même ceux qui n’envisagent pas de cotiser
  • des jeunes qui ne veulent pas d’un CPE :  ils rêvent donc d’une vie sur des rails, avec le même job assuré, pour toute la vie (? pas étonnant qu’ils s’emmerdent à vivre !)
  • des jeunes qui à 20 ans ont déjà peur de ne pas partir à la retraite !
  • 53 millions de téléphones portables en France, l’abonnement est peut-être un peu cher mais depuis quand le téléphone portable est-il devenu indispensable ? 

Et pourtant, tout le monde râle. Tout le monde souffre et tout penseur commence à réfléchir par “le monde d’aujourd’hui est plus dur que celui d’hier”. Ben voyons : espérance de vie la plus élevée jamais atteinte, TV et ordinateurs partout, un logement par famille et non plus trois générations dans le même logement. La plupart des familles avec deux revenus (ce qui signifie quand même qu’il y a énormément de travail !). La très grande majorité de ceux qui n ‘ont pas de voitures vivent en centre ville. Le niveau de vie des français n’a jamais été aussi élevé.

Mais les français ne s’en rendent pas compte : ils sont plus pessimistes que les afghans et les irakiens !  Alors c’est vrai que dans ces pays, on peut espérer que la situation s’améliore, moins de soldats étrangers, plus d’égalité entre les sexes, des trottoirs partout, de l’électroménager pas cher, des cinémas dans toutes les villes, moins de violence, plus de justice …. Ben voyons. Vous y croyez vraiment ? Et chez nous, ce ne serait pas bien ?

Le rapport avec le centrisme, me demanderez-vous ?

Chez nous, ce qui manque ? Quelques personnes ont des difficultés. OK. Ce n’est pas bien. Pensez-vous vraiment qu’avec quelques mesures sans ambition, on pourra résoudre leur problème ? Bien sûr que non.

On fixe en France le seuil de pauvreté à 60% du niveau de vie médian. C’est donc une “pauvreté abstraite” qui ne pourra jamais disparaître puisque par définition, la moyenne étant le résultat statistique entre les riches et les moins riches, il y aura toujours des moins riches que d’autres !  Et pourtant, c’est cette “pauvreté abstraite” qui émeut et qui sert souvent de raison à un choix politique. Alors que ce problème ne peut pas être résolu tel qu’il est posé.

Bien sûr, je suis choquée qu’il y ait des très pauvres. L’idée dominante d’aujourd’hui, c’est qu’il ne faut pas qu’il y ait des très riches. Comme si l’absence de très riches pouvait supprimer les pauvres ! Il faut admettre une fois pour toutes qu’il y aura des plus pauvres que d’autres. Et si ce n’est pas en fric, ce sera en beauté, en intelligence, en qualité de travail, en chance, en malgnité, en astuce, en triche, en tout ce que vous voulez d’autre.

Parce que la nature humaine est comme cela, parce que quand vous supprimez des aristocrates, il se crée automatiquement des apparatchiks.

La seule solution économique et/ou politique pour éviter cela, c’est l’égalitarisme parfait des chinois de la révolution culturelle chinoise : tout les monde les mêmes vêtements, les mêmes chaussures, les mêmes paroles, les mêmes pensées, le même enfant unique, les mêmes menus, le même espoir de ne jamais sortir de l’uniformité. Quelque soit le boulot, les compétences, les goûts. Et si vous n’êtes pas d’accord, au choix vous êtes fou et c’est l’asile ou vous n’êtes pas fou et c’est la rééducation.

Et je crois profondément qu’il vaut mieux donner à tous l’espoir d’avoir plus par leur propre activité que donner à tous la certitude d’avoir un minimum par le travail des autres. Parce qu’avec le temps, le minimum se réduit comme peau de chagrin. Parce que sauf à être saint, pourquoi travailler beaucoup pour les autres et pas pour soi ? Parce que sauf à être saint, on finit par se dire qu’on aura le minimum même san travailler.

Le centre, c’est cette hypocrisie facile : prenons un peu (juste un peu) là où il y a beaucoup pour donner un peu (juste un peu) là où il y a moins. Oh, ça marchera une semaine, une année. Mais force est de constater que le meilleur moteur de l’économie, c’est quand même la volonté de s’enrichir de certains. C’est l’espoir pour la plupart de continuer à entasser les choses : une TV, puis deux, un téléphone portable pour chacun dans chaque famille, etc.

Le centre, c’est rêver d’un monde de Bisounours : Choupiland.

La seule chose qui pourrait nous y conduire : la sainteté et pour cela, il faut de la spiritualité. Et cela commence par le N’AYEZ PAS PEUR que Jean Paul II adressait aux jeunes catholiques. Ils sont devenus adultes. Qu’en ont-ils fait ?

Mais c’est vrai aussi qu’il n’y a que 4,5 % de français qui soient catholiques ! Dommage.

Quand on n’a pas peur de la vie, on n’est pas au centre.

La démocratie, tarte à la crème indigeste

11 décembre 2010

Je suis modérément démocrate. C’est une litote et je ne suis même pas certaine que Churchill aujourd’hui, continuerait à affirmer que c’est le moins mauvais des systèmes politiques. 

Et j’ai énormément de raisons pour cela. En voici quelques unes :

  1. Par (mauvais caractère) esprit de contradiction : je suis viscéralement opposée à toute pensée dominante. Et les quelques connaissances que j’ai de l’histoire me convainquent que j’ai raison. A une époque, il était unaniment admis que l’esclavage était juste. Les endettés, les vaincus payaient légitimement leur ratage de leur personne. A une époque, fort longue d’ailleurs, il était unaniment admis que les femmes, les indiens d’amérique du sud, et des tas d’autres n’avaient pas d’âme.  Et qu’on ne vienne pas me dire que la science nous évitera pour l’avenir des idées toutes faites de temps arriérés. La science fait tous les jours des découvertes, ce qui signifie qu’elle doit revoir ses positions tous les jours et que ce nous croyons dur comme science aujourd’hui fera rigoler ou s’apitoyer nos petits enfants.
  2. Parce que c’est la démocratie devenue populaire qui a fondé le pouvoir de Staline et qui fonde encore celui de Kim Il Sung ! et que rien que cela suffit à désacraliser l’idée de démocratie
  3. Parce que le résultat des élections est contestable et contesté. De deux choses l’une, soit on élit une personne à qui l’on fait confiance pour décider de notre avenir pendant un temps donné, soit c’est toute décision qui doit être élue faire l’objet d’un référendum.  Certains hommes politiques élus ont pris des décisions contre l’avis du peuple qui les avait élu : De Gaulle et le droit de vote des femmes ou encore Mitterrand et l’abolition de la peine de mort. Mais plus aujourd’hui. La rue décide. Et on entend des syndicalistes justifier les blocages qu’ils génèrent par la démocratie. Ce qui revient tout de même à crier haut et fort :  le vote de la majorité, JE M’EN FOUS ! ou comment mieux dire que la démocratie C’EST DE LA MERDE !
  4. Parce que c’est une merveilleuse utopie que penser que tous les groupes sociaux peuvent s’autodiriger. Pour y arriver il faudrait que chacun comprenne les enjeux, les risques et soit à même de décider. Ce qui nous amène directement aux campagnes électorales qui devraient justement présenter les enjeux et les solutions différentes proposées pour résoudre les problèmes. Mouais. Sauf que tout le monde n’a pas la TV, tout le monde ne lit pas les journaux, tous les journalistes ne sont pas honnêtes (quoi qu’ils s’en auto proclament et s’en auto glorifient), tout le monde ne peut pas tout comprendre et que tout étant égal à tout, le choix des problèmes est déjà un problème en lui-même. Et puis surtout, personne ne vérifie que le votant a compris ! 
  5. Parce que la démocratie conduit à la recherche du consensus qui conduit évidemment à la pensée unique qui devient donc tyrannie. C’est tellement vrai que la liberté d’expression est maintenant limitée : parler de TV en noir et blanc va devenir du racisme et la liberté de penser, de croire est maintenant limitée à son propre salon. Des pays musulmans condamnent des chrétiens qui ne respectent pas le ramadan dans les lieux publics et des tribunaux français interdisent les crèches dans les lieux publics.
  6. Parce qu’elle est devenue une religion. Intolérante. En France, elle vise même à supprimer toutes les autres religions. La Laïcité-à-la-française-que-le-monde-entier-nous-envie conduit à des trucs rigolos mais surtout à la crétinerie et à l’intolérance. Notre espace  public et donc démocratique est outré de la présence de certaines femmes complètement voilées -> exit la burqa. Notre espace public est outré de la présence de crèches. Cet ancien maire de Montiers, suffisamment intolérant pour faire annuler la délibération qui autorisait l’installation d’une crèche sur la place de ce village de 450 habitants n’est donc respectueux des suffrages que quand ils lui profitent ! Ce faisant, il démontre aussi que la démocratie se trompe et que donc faut pas s’y fier ! (cf. point 2, 3 ci-dessus et celui-ci au début). Ou alors que les électeurs du conseil municipal se sont plantés (cf. 5). Ou alors que les élus sont incompétents (cf. 9) ce qui démontre que les électeurs ont mal choisi (Cf.8) …
  7. Parce que elle entraîne l’idée sotte que ce qui résulte de la démocratie est bien  et que ce que veut la majorité est bien. Ya qu’à voir : la majorité (ou même l’unanimité) d’entre nous veut travailler plus moins pour gagner plus, avoir des diplômes sans se fatiguer et partir tôt à la retraite sans perdre de son niveau de vie (étant entendu que cette garantie de niveau de vie doit être payée par les autres). C’est ce dont nous bénéficions depuis 40 ans. Et nous allons vouloir continuer. Mais va bien falloir arrêter…. Mais celui (si jamais il y en a un qui en aura le courage) qui va nous promettre des larmes et du sang ne sera jamais élu.  La Grêce est dans sa situation de faillite parce que pendant des années et des années, les grecs voulaient des allocations, des services publics, des garanties de l’état sans payer pour. Mais à chaque élection, les mêmes dépensiers étaient réélus pour qu’ils réempruntent… Nous sommes loin d’un cercle vertueux.
  8. Parce qu’aujourd’hui elle fonctionne sur l’idée : 1 tête = 1 voix. Cette idée me choque viscéralement. Toutes les têtes ne sont pas aussi bien faites les unes que les autres. Et qu’il y a des têtes qui s’en foutent. Quand on sait que JFK a été élu parce qu’il était bronzé et qu’il portait une cravate plus seyante que Nixon !
  9. Parce que, et pour le coup, je vais choquer vraiment, la démocratie est artificielle, hypocrite et j’ose, contre-nature. Artificielle la désignation du chef : ne sont chefs que ceux qui veulent et qui PEUVENT. Aujourd’hui, aucun chef d’état n’est bègue, aveugle ou handicapé d’une manière ou d’une autre.  Alors que ceux-là peuvent parfaitement être compétents ! Mais ils ne sont pas séducteurs, donc pas séduisants (Cf. 8). C’est vrai physiquement et c’est probablement vrai psychologiquement : pour commander, il faut être un tueur. Il faut marcher sur les autres, il faut être miraud et ne voir les problèmes que par un seul aspect. J’espère que la sélection naturelle ci-dessus conduit le meilleur à être candidat. Meilleur pour quoi, au fait ? Le plus séduisant (JFK), le plus affable, le plus déterminé, le plus optimiste (Chruchill qui croyait quand même que le Royaume Uni pouvait résister à l’allemagne nazie), le plus beau parleur ? Sont-ce vraiment des qualités qui font des chefs ? Des élus, manifestement, oui. Mais des personnes avec du désintérêt, un projet d’avenir, de la clairvoyance et du courage ?     
  10. Parce que ça recommence : les élections, cela signifie campagne électorale et en France pré campagne électorale. Changement de gouvernement = gouvernement de campagne. Les journalistes vont essayer de décrypter les actes et SURTOUT les paroles de nos hommes politiques au regard de leurs supposés projets pour les prochaines élections. Les bloggeurs aussi et chacun va y aller de son petit bout de lorgnette de catégorie défavorisée, favorisée, trop favorisée pour gagner un truc en plume plus. Et que tout un chacun va encore gloser sur des détails. Franchement, est-il vraiment important de savoir pourquoi ou pour quoi Borloo a changé de coiffure ? Sont-ce vraiment ses cheveux qui vont nous constuire un avenir ? Est-ce que Ségo parlant de bravitude et Rachida de fellation, est-ce que Brice découvrant que les rues inclinées glissent par temps de neige sont des ridicules réellemment dénonciateurs d’incompétence ? Et de quelle incompétence ?   Et chacun va devenir fouille-merde pour reprocher à nos candidats leur passé. Comme si un homme ou une femme politique ne pouvait pas changer ! Je n’ai aucune admiration pour Cohn Bendit, mais vraiment est-il aujourd’hui le même jeune con qui se prenait pour un théoricien de l’éducation des jeunes enfants par les caresses ? 

 

 Alors non, je ne suis pas démocrate.

Edit 1 : ce post est librement, très librement inspiré des titres des 21 chapitres de l’essai de Vladimir Volkoff : Pourquoi je suis moyennent démocrate. Editions du Rocher.

Edit 2 : j’espère que ce post et ce blog resteront en ligne en dépit de leur côté incorrect.

Edit 3 du 1er janvier 2011 :

et en plus, ils se foutent de nous.

En 2005, on nous a fait voter pour ou contre l’Europe.

Droite et gauche pour une fois d’accord étaient POUR.

La France a voté contre.

Et donc, yzont contourné le problème

(ces sales cons d’électeurs qui ne font pas ce qu’on leur demande) :

vive le traité de Lisbonne !

Une grand mère est morte

11 novembre 2010

Elle est morte hier après midi.

C’était une femme de qualité, née à une époque et dans un milieu où il n’était même pas envisageable qu’elle fasse d’autres études que le minimum. Elle avait aussi de l’intelligence, du courage et des talents. Elle portait un nom alsacien qui pouvait faire penser aux chasseurs de juifs pendant la deuxième guerre mondiale qu’elle était juive. Ce qu’ils firent d’ailleurs. Elle fut donc embarquée avec son tout jeune fils, stockée dans l’attente d’un train pour l’Allemagne et mise au train avec son fils. Pendant le voyage, le train s’est arrêté et par miracle, elle a réussi à quitter le train avec son fils.

A pieds, avec un enfant en bas âge, sans argent, sans nourriture, elle est parvenue à survivre puis à vivre et à faire vivre son fils.

Ce fils a hérité de sa mère ses grandes qualités : intelligence, courage et talents. Il a fait ses études scientifiques grâce à sa mère. Quand il était en maths sup et en maths spé, cette mère qui n’avait aucun diplôme étudiait le soir les cours de maths et de physique de son fils pour pouvoir corriger ses exercices et l’aider à travailler ! Dire si elle avait des capacités ! Elle aussi aurait pu avoir le doctorat de physique nucléaire que son fils a eu. En d’autres temps elle aurait pu terminer sa carrière comme générale de l’armée de l’air, par exemple. Elle était croyante et a élevé son fils dans sa foi. 

Je l’ai peu connue : elle était la grand’mère de mon associée. Je ne l’ai rencontrée qu’une fois, il y a un peu plus de trois ans au baptème de ma filleule. Elle était déjà atteinte depuis de nombreuses années de la maladie neuro dégénérative qui l’a finalement tuée. Apparemment elle ne reconnaissait plus personne depuis longtemps déjà. 

C’était une grande femme élégante qui ne bougeait que lorsque on la faisait bouger. Au baptème, elle se levait lorsque son fils la faisait lever. Elle s’asseyait de même. Elle marchait par réflexe lorsqu’on l’y poussait, elle restait assise, le regard droit devant lorsqu’on la posait dans un fauteuil. Ses enfants ou ses petits enfants lui parlaient mais n’attendaient plus de réponse depuis longtemps. Elle vivait l’essentiel de son temps dans une maison médicalisée mais tant qu’elle a pu se tenir debout et marcher, ses enfants et ses petits enfants la prenaient avec eux pour qu’elle puisse aller à la messe le dimanche, déjeuner en famille et qu’elle continue à participer à toutes les fêtes de famille.  Ils n’attachaient pas d’importance à son absence de réponse et de réactions. Ils lui ont conservé une vie de famille tant qu’elle n’a pas été grabataire. Ensuite, ses enfants lui rendaient souvent visite, aussi dur que ce soit de la voir en ayant l’impression d’être face à un légume. Ses petites filles la voyaient moins souvent : distance et enfants en bas âge…

Les services médicaux et le personnel soignant se sont occupés d’elle sans jamais envisager une euthanasie en dépit de tout, perte de conscience, d’autonomie totale, d’aucuns diraient, perte de dignité.

Il y a une quinzaine de jours, sa famille a été prévenue de sa mort imminente. Médicalement, compte tenu des années de maladie, elle devait mourir très vite. Mais non. Et puis, non. Et toujours pas. Et mon associée et sa soeur ont fini par avoir l’idée que leur grand’mère voulait les voir une dernière fois. Elles ont décidé de profiter du viaduc à venir du 11 novembre pour faire le déplacement.

Hier après midi, mon associée et sa soeur sont allées ensemble dire au revoir à leur grand mère. Elles lui ont dit au revoir, elles lui ont dit qu’elles l’aimaient, elles lui ont dit qu’elle pouvait partir.

Elles ont quitté l’hôpital et une heure après leur grand mère est morte.

On continue à ne rien savoir sur la vie, la conscience, l’âme. Il y a quinze ans, cette femme a assisté au mariage de sa petite fille sans savoir pourquoi elle était là. Elle avait déjà apparemment perdu la notion du temps, de sa famille, les souvenirs de sa vie. De jour en jour son état cérébral a empiré et son cerveau ne reconnaissait plus rien ni personne. Son coeur, son inconscient, lui faisaient pourtant reconnaître une “sensation” de famille, de paix : elle était plus paisible quand ses enfants étaient avec elle.

N’empêche qu’au moment de quitter ce monde, manifestement elle a voulu revoir tous ses proches une dernière fois. Dieu a fait germer cette idée dans le cerveau de ses petites filles.  Et ça, c’était médicalement imprévisible. Aucun de nous ne sait ce que cette femme a vécu vraiment pendant ces dernières années, au delà des apparences qui pouvaient laisser croire, parce que son apparence donnait l’impression que n’ayant plus d’autonomie ni de réactions, elle n’avait plus de vie.

Manifestement ce n’était pas vrai. Elle avait une vie, des sentiments, elle avait conservé de l’amour, elle avait conservé la conscience de la vie et de la mort, elle savait  qu’elle allait quitter cette terre et ceux qu’elle y avait aimés, elle savait qu’elle voulait vivre encore pour leur dire A Dieu.

A moi, il semble que c’est une dignité plus importante que de devoir être nourrie par intraveineuse, plus importante que d’être lavée par d’autres comme un petit enfant. C’est la dignité de l’être humain dans ce qui fait la vie : aimer et être aimé.

Ce post est un témoignage. D’espoir. De l’utilité de laisser chacun vivre sa vie et ses amours même dans la maladie et la mort. De ne pas s’instaurer juge de la qualité de vie des autres et de décider que telle vie ne vaut pas/plus la peine d’être vécue. De ne pas penser, lorsqu’on est malade, même d’une maladie mortelle, qu’il vaut mieux mourir, ou si la douleur le fait croire pendant un temps, qu’il vient un autre temps de paix et d’amour.

Pour plus d’arguments, vous pouvez aller , et .

Et ceux qui sont convaincus que l’euthanasie revient à priver ses victimes de vie et d’amour, vous devez signer cette pétition.

Pour ne recruter que des hommes, le poker

31 octobre 2010

Les publicitaires sont des gens originaux, c’est bien connu.

Moins ils sont connus, plus ils doivent être originaux … pour devenir connus. Donc les petites agences peu connues DOIVENT sortir des idées originales pour sortir du lot. C’est ce qu’a fait l’Agence H en décidant un mode de recrutement peu banal pour ses stagiaires : un tournoi de poker Texas Hold’em no limit.

Inscriptions gratuites à partir du 5 novembre et le tournoi aura lieu le 26 novembre. En jeu, si j’ose dire, 8 postes de stagiaires. Les 80 premiers inscrits pourront concourir. Une seule condition pour participer au tournoi : être en année de césure pendant ses études en management/marketing ou création d’une des 14 filières désignées par l’Agence H.  

Les stagiaires seront les gagnants des tournois.

Publigeekaire a présenté ce recrutement comme une vaste blague.  Twitter s’est engouffré dans la critique du mépris définitif des stagiaires au statut déjà précaire. Rue89  sous la plume de François Krug a surenchéri, y allant de son “A quand le combat à mains nues” et surtout de la critique de la campagne de publicités qui annoncent le tournoi.

Rue89 reprend aussi les remarques d’un de ses lecteurs :

« Quid des compétences, de l’égalité des chances, et surtout, du respect de l’humain ? A quand le combat à mains nues ? …. Le pire est que pour communiquer autour d’un concours déjà assez scandaleux comme ça, l’agence sort une série d’annonces mettant en scène des stagiaires en entretien tentant de se faire remarquer en faisant les marioles (pour les garçons) ou en montrant leurs formes généreuses (pour les filles).  »

 Une fois que tout cela est dit, quel est réellement le problème :

- les éventuelles compétences des stagiaires ? a priori, ils ont tous des compétences similaires puisque l’Agence H a choisi les écoles dont les étudiants étaient susceptibles de l’intéresser.

- le choix final et la sorte de hasard qui parait y présider : gagner à un jeu de cartes. C’est vrai qu’en première approche, c’est hasardeux. Mais l’est-ce vraiment plus que plaire ou déplaire au recruteur ? Les tests montrent que certains prénoms ou noms sont des obstacles au recrutement, que la laideur, l’obésité ou le handicap sont aussi des obstacles au recrutement. On sait également que le sexe est aussi un obstacle au recrutement. Donc, ce tournoi élimine tous ces freins là en les remplaçant par un seul : savoir jouer eu poker.

- la discrimination des conditions à remplir pour s’inscrire au tournoi : 14 grandes écoles ou universités qui assurent la formation souhaitée par l’Agence H pour ses prochains stagiaires ? D’un part, c’est quand même à l’entreprise de choisir quelles sont les compétences qu’elle recherche. D’autre part, moi, cela me rassurerait plutôt. Choisir ses stagiaires puis ses professionnels parmi des gens formés au boulot qu’on leur offre me parait plutôt bien. Je préfère être soignée par un mec qui a fait des études de médecine plutôt que de pub. A contrario, je ne suis pas certaine que des pub crées par un médecin m’amuseraient beaucoup ou seraient très efficaces du point de vue de l’entreprise qui a besoin de publicités pour assurer son chiffre d’affaires.  Ensuite, si une entreprise est assez dingue pour recruter un polytechnicien pour balayer ses bureaux, c’est son problème (et celui de l’X qui aurait accepté !).

- le caractère sexiste de la campagne annonçant le tournoi ? Sérieusement ? Mais qui fait des publicités sexistes ? Les publicitaires, je crois. Donc, l’Agence H n’a fait là que ce qu’elle fait habituellement.

 

 Si vous avez cliqué sur les liens plus haut, vous aurez vu la pub destinée aux filles. Celle des garçons est . C’est sûr que la fille montre ses fesses mais le garçon montre son immaturité et sa bêtise. Je ne suis pas certaine que l’une soit plus injurieuse que l’autre. Elles montrent surtout que les candidats échangent un recruteur qui ne les écoute pas et ne les voit pas en dépit de leurs pitreries ou de leurs charmes contre un autre recruteur : leurs capacités pokeresques.

Là où ce mode de recrutement est vraiment sexiste, et cela, les hommes d’internet qui râlent contre ce recrutement ne l’ont pas vu, c’est dans le choix du poker. Les hommes sont beaucoup plus nombreux à jouer au poker et leur testostérone les conduit à prendre plus de risques et ils sont gagnants à tous coups !

Ce recrutement est donc un excellent moyen de ne choisir que des hommes !

En réalité, ce n’est pas un concours de poker qu’il aurait fallu organiser mais un concours de tricot. Et ne m’emmerdez pas avec le tricot comme activité féminine,  ce n’est vrai que depuis le XXème siècle : ce sont les marins qui ont inventé les tricots.

Alors RV le 26 novembre pour voir combien de filles se sont inscrites et combien sont recrutées.

Les crimes pour l’honneur

12 septembre 2010

Je viens de faire deux posts pour parler de Sakineh Ashtiani. Parce que j’avais fini par entendre parler d’elle.  Je ne poserai pas la question de savoir pourquoi l’occident a connu son drame. Ce peut être parce que l’Iran avait besoin d’une autre négociation, ou parce que son avocat avait besoin de se faire connaître, ou parce que son fils est moins résigné que d’autres enfants d’autres condamnées, ou Dieu sait encore quoi, mais ce n’est pas mon propos. 

Je voudrais aujourd’hui parler des 20.000 (vingt mille ! je n’ai pas dérapé dans les zéros, c’est plutôt des zéros qui dérapent) femmes tuées tous les ans au nom de l’honneur des hommes mâles. L’ONU évalue officiellement leur nombre à 5.000 par an mais les associations de femmes qui oeuvrent pour protéger les victimes potentielles affirment que ce chiffre est sous évalué et qu’elles sont en réalité au moins quatre fois plus nombreuses.

Robert Fisk, particulièrement compétent sur les sujets liés à l’islam et à ses extrêmismes vient de publier un papier sur ce sujet dans The Independant sous le titre La vague de crimes qui fait honte au monde.  En voici un résumé/traduction libres.

Le problème ne se limite pas au Moyen-Orient et cela constitue un véritable crime contre l’humanité . La plupart des victimes sont des jeunes, beaucoup sont des adolescentes , abattues, décapitées, brûlées à mort, lapidées à mort, poignardées , électrocutées, étranglées et/ou enterrées vivantes  pour obéir à une indigne tradition multi centenaire. Ces pratiques s’étendent maintenant sur la moitié du globe.

Voici un état des lieux de la situation selon Amnesty international.

Une enquête menée pendant près d’une année par The Independent  en Jordanie, au Pakistan, en Égypte , à Gaza et en Cisjordanie a révèlé des horreurs. Des hommes sont aussi tués pour ” l’honneur”. Et  même si, pour l’essentiel, ces crimes sont musulmans, dans ces régions, les comunautés chrétiennes et communautés hindoues n’en sont pas totalement exemptes.  «L’honneur» des familles, des communautés et des tribus y dépasse la religion et la miséricorde (?) de l’homme.

Pire, les groupes de femmes qui luttent contre cette tradition, les organisations humanitaires, Amnesty International et les actualités font craindre que ces massacres pour cause d’honneur ne soient en augmentation constante. Les Kurdes d’Irak, les Palestiniens de Jordanie, le Pakistan et la Turquie semblent être les pires territoires, mais il y en a également de nombreux en Egypte – qui prétend officiellement qu’il n’y en a aucun chez elle – dans d’autres pays du Moyen Orient et dans le Golfe. Dans certains de ces pays, la liberté de la presse commence à lever le voile. Et ces crimes ont également lieu en Grande-Bretagne, en Belgique, en France, enRussie, au Canada, en réalité, partout dans le monde.

Dans les pays musulmans, appliquant la charia, la loi et les tribunaux considèrent que tuer une femme pour l’honneur de la famille n’est pas un crime. Dans d’autres, où la charia n’est plus la loi officielle, ces morts sont qualifiées de suicides pour que les juges n’aient pas à prononcer de condamnations, ou alors les assassins bénéficient de la circonstance atténuante de la colère. 

Voici la liste que Robert Fisk dresse dans son article de certains crimes inqualifiables. Il l’a dressée pour que ces crimes restent dénoncés et pour que les victimes ne soient pas oubliées :

- ces filles (en Jordanie et en Egypte) violées par leurs pères ou frères qui les tuent ensuite pour sauver l’honneur de leur famille quand elles finissent par être enceintes,

- ces femmes condamnées à mort par lapidation par des juges islamiques qui ne condamnent leurs complices qu’à seulement 100 coups de fouet

- Médine Mehmi, 16 ans,  enterrée vivante en février dernier par son père et son grand-père, assise et les mains attachées, sous leur poulailler dans la province turque d’Adiyaman, pour avoir laissé des garçons lui PARLER

- Aisha Ibrahim Duhulow, 13 ans, qui en Somalie en 2008 , devant un millier de personnes, a été enterrée jusqu’au cou et lapidée par 50 hommes. Après 10 minutes de lapidation, elle a été déterrée mais elle était encore vivante. Elle a donc été remise dans le trou et d’autres hommes ont fini sa lapidation.  Son crime ?  Elle avait été violée par trois hommes et sa famille avait malheureusement décidé de dénoncer le viol à la police locale ….  

- ou encore cette jeune femme retrouvée dans un fossé à proximité de Daharki au Pakistan,  à qui sa famille, toujours pour l’honneur, à coupé le nez les oreilles et les lèvres avant de la tuer alors qu’elle donnait naissance à son deuxième enfant. La tête du nouveau né était déjà dégagée et il a été laissé là à mourir, une partie de lui encore dans sa mère morte. Elle a été retrouvée ainsi en état de décomposition et son premier enfant également mort. Des femmes ont voulu les enterrer mais l’imam a refusé de dire des prières pour “une femme maudite et ses enfants illégitimes”.

- en mars 2009, Munawar Gul a tué sa soeur de 20 ans, Saanga, au nord ouest du Pakistan, et l’homme qu’il soupçonnait d’avoir été son amant, Aslam Khan.

- août 2008, cinq femmes ont été battues puis enterrées vivantes pour “crimes d’honneur” au Baloutchistan par des hommes de leur tribu. Trois d’entre elles, Hameeda , Raheema et Fauzia étaient des adolescentes et avaient seulement souhaité pouvoir choisir leurs maris. Les deux autres étaient des femmes qui avaient tenté de protester contre la punition et elles ont subi le même sort. Devant le parlement, le député Israrullah Zehri a évoqué ces faits pour vanter cette ”tradition vieille de plusieurs siècles” qu’il entendait bien “continuer à défendre “ !

- décembre 2003, Afsheen, 23 ans,a été tuée par son père à Multan, car en dépit de son mariage arrangé et malheureux, elle s’était enfuie avec un homme  d’une tribu rivale. Sa famille l’avait retrouvée et lui avait promis qu’aucun mal ne lui serait fait si elle retournait chez elle. Elle est rentrée et son père l’a étrangée ! Il a avoué à la police : “c’était ma fille préférée, j’entends encore ses cris, je veux mourir mais l’honneur est la seule chose qu’un homme ait” ! Pourtant cette famille comptait en son sein des hauts fonctionnaires, des ingénieurs, des avocats ce qui montre que n’est même pas un manque d’éducation !

- Zakir Hussain Shah a égorgé sa fille de 18 ans Sabiha, en juin 2002 parce qu’elle avait déshonoré sa famille. Mais en vertu de la charia, la loi du Pakistan, la famille d’une vicitme peut pardonner à l’assassin et dans ce cas, il n’y a pas de condamnation. La mère et le frère de Sabiha ont pardonné au père qui a été libéré. Dans le même genre et en application du même principe, un homme a tué ses quatre sœurs, à Mardan pour augmenter sa part d’héritage. Il en profite en paix car sa mère qui est aussi la mère de ses soeurs assassinées, lui a pardonné.

- Mukhtaran Bibi  a été violée par quatre hommes d’abord puis promenée nue ensuite dans tout son village. Cela s’est passé au Pendjab et ce traitement visait à laver l’honneur  d’une famille. Pourquoi ? son frère de 13 ans avait marché aux côtés d’une femme de 30 ans de la famille “victime”, sans chaperon. La police a mis plus d’une semaine avaznt d’accepter sa plainte ….

- Pour l’honneur également, Bilal Khar Karachi a arrosé d’acide sa femme Fakhra Yunus qui l’avait quitté pour retourner chez sa mère. L’acide a fait fondre ses lèvres, ses seins et une de ses oreilles. Photo ci-contre ->

- en 2001, Hafiza, 20 ans, a été tuée par balles par son frère Asadullah, devant une douzaine de policiers, sur les marches du palais de justice  de Quetta, parce qu’elle refusait de suivre la tradition qui lui imposait d’épouser le frère aîné de son défunt mari. Elle avait  épousé un autre homme, a été arrêtée et ramenée à sa famille. Là, elle a été contrainte de prétendre que son nouveau mari l’aurait en réalité enlevée et violée. C’est quand elle est allée au tribunal dénoncer sa fausse déclaration  qu’elle a été tuée par son frère. 

- Lal Jamilla Mandokhel, jeune handicapée mentale de 16 ans, qui a été violée par un fonctionnaire à Parachinar au Nord-Ouest du Pakistan. Son oncle a déposé plainte mais la police a remis Lal à sa famille. Les hommes ont décidé qu’elle devait mourir pour leur honneur. Ce qui fut fait aussitôt devant les policiers.

- Arbab Khatoon a été violée par trois hommes dans le district de Jacobabad . Elle a déposé plainte et a aussitôt été tuée par des membres de sa famille qui se sont estimés deshonorés parce qu’elle n’était plus vierge.

Quand ces femmes ne sont pas tuées par leur famille, elles font l’objet de pressions pour les contraindre à se suicider pour racheter l’honneur :

- Derya, 17 ans est tombée amoureuse d’un camarade de classe. Son oncle lui envoie un sms “Tu as sali notre nom. Tue-toi pour laver notre honneur ou nous allons te tuer”. Comme sa tante avait été tuée par son grand-père pour cette raison et que ses frères lui envoyaient des textos similaires plusieurs fois par jour, elle a fini par obéir à sa famille : elle a sauté dans le Tigre, raté. Elle a tenté de se pendre, raté. Elle s’est tailladé les poignets, raté. Elle s’est finalement protégée de sa famille dans un refuge pour femmes… Quand elles arrivent dans ces refuges, elles n’en sortent plus jamais sinon elles sont tuées.

-  Beaucoup de femmes reçoivent l’ordre de se suicider en se brûlant avec l’huile de cuisson. A l’hôpital Sulimaniya en 2007 , les chirurgiens ont traité de nombreuses femmes pour des brûlures critiques qui ne peuvent résulter d’accidents domestiques.

Cette liste est déjà longue, mais ce n’est même pas la moitié de celle que Robert Fisk a établie.

Au Pakistan, la commission des droits de l’homme reconnait 1.000 crimes d’honneur par an depuis 10 ans.

La Turquie en reconnait 480 entre 2000 et 2006 mais les associations locales de défense des femmes évaluent ces crimes à au moins 200 par an. Pourtant, ces chiffres sont aujourd’hui reconnus comme considérablement sous-estimés : de nombreux crimes ont lieu dans les régions kurdes du pays, rurales et avec peu de statistiques. Les sondages montrent d’ailleurs que 4 turcs sur 10 approuvent l’assassinat d’une épouse infidèle.

C’est pire encore dans les provinces kurdes d’Irak, mais pas seulement. En 2008 , un médecin de Sulimaniya déclaré à l’AFP que pour les seuls 10 premiers jours de mai, 14 jeunes femmes ont été assassinées pour l’honneur ! A Bassorah en 2008 , 15 femmes ont été assassinés chaque mois pour avoir violé les codes vestimentaires islamiques.

En Jordanie, il y a aussi des crimes pour l’honneur. La famille royale les condamne fermement et petit à petit, les tribunaux jordaniens deviennent sévère contre les meurtriers. Mais le chemin est encore long. Sirhan a tué sa soeur parce qu’elle avait été violée. Il s’explique ainsi : “elle a commis une faute, même si c’est contre son gré et de toute façon une seule mort vaut mieux que toute une famille morte de honte”.  En 2008, la Cour pénale jordanienne transforme encore les crimes d’honneur en ”accès de fureur”  ce qui lui permet de ne condamner les assassins qu’à quelques mois de prison.

En Iran, un fonctionnaire reconbnait pour la seule province du Khuzestan, plus de 20 femmes  sont assassinées tous les mois pour refus d’un mariage arrangé, défaut de respect du code vestimentaire islamique ou suspectées (seulement suspectées) d’avoir des contacts avec des hommes qui ne sont pas de leur famille.

L’Afghanistan des talibans se protège des enquêtes et il est difficile de même évaluer les crimes d’honneur. 

Mais la contagion se répand dans le monde.

En Inde, ces crimes ont lieu pour des mariages entre castes. Des couples de fiancés ont été ligotés et électrocutés, pendus et brûlés.

En Tchétchénie, république de la fédération de Russie, le président Ramzan Kadyrov, soutenu par Vladimir Poutine, a commenté la découverte à Grozny de sept femmes assassinées qu’elles avaient été tuées à cause de leur “vie immorale”. Un peu plus tard, alors qu’une jeune fille tchétchène avait déposé plainte contre sontre son père trop violent, il a  affirmé qu’un homme devrait être autorisé à tuer sa fille : ” … s’il ne la tue pas , quel genre d’homme est-il?  Il apporte la honte sur lui-même! “

En Occident aussi, de telles horreurs ont lieu. Scotland Yard reconnait qu’il faudrait examiner au moins une centaine de morts qui sont probablement des crimes d’honneur.

En France, aussi, il y a des crimes d’honneur : ici, ici, encore ici, et puis ici, et ailleurs… Je ne suis pas exhaustive, malheureusement. En France, leurs auteurs sont lourdement condamnés.

Cet article est très long. Il s’arrête là. Sans conclusion.

Parce que ces crimes vont malheureusement se poursuivre.

Parce que, sauf des sites féministes, ou Amnesty international on continuera de ne pas en parler, ou si peu.

Parce que, face à ces horreurs, je reste sans voix.  

 

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